Le Pilatus dans le chaos arabique?
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Les autorités helvétiques, a-t-on appris hier, examinent la demande de l’entreprise nidwaldienne Pilatus de vendre vingt-quatre de ses avions pour 600 millions de francs au Qatar. Curieusement, ces «avions militaires non armés» ne sont pas soumis à la loi sur le matériel de guerre, car la Suisse les considère comme du «matériel militaire particulier». Comme si le fait que ces avions puissent facilement être armés et qu’ils servent à former des pilotes de combat ne les destineraient pas à des fins guerrières...
Autre curiosité: la Suisse ne risquerait pas d’avoir du sang sur les mains (ou plutôt sur la conscience) en livrant des avions au Qatar. Du moins ce risque a-t-il été écarté en 2011, quand une première autorisation de livrer douze avions Pilatus avait été délivrée par le Secrétariat à l’économie (seco). Car la loi interdit l’exportation d’armes dans des pays sous embargo international, qui menacent la stabilité régionale ou la paix mondiale et ne respectent pas les droits humains. Pourtant, c’est avec raison que le Groupe pour une Suisse sans armée craint que le matériel suisse, s’il est livré, risque à tout moment d’être utilisé contre la population civile, au vu des «constantes et sérieuses violations des droits de l’homme» et de la répression systématique de toute opposition.
Surtout, il est notoire que le Qatar et l’Arabie saoudite poussent activement pour une solution militaire en Syrie. Le Qatar a plaidé pour armer les rebelles et des informations font état de livraisons d’armes en provenance... du Qatar et d’Arabie saoudite. Qui peut jurer que les Pilatus ne survoleront jamais la Syrie?
L’examen du contrat avec le Qatar intervient alors que, justement, l’hypocrisie suisse sur l’exportation d’armes a été une nouvelle fois mise en exergue. Le journal Sonntagszeitung a publié une photo d’une grenade suisse aux mains des rebelles syriens. L’explosif provient d’un lot livré aux Emirats arabes unis. C’est du moins ce que veut vérifier une commission d’enquête commune à ce pays et à la Suisse. Quand ce scandale a éclaté il y a quelques semaines, les livraisons de matériel militaire ont été suspendues. La mise sur pied de la commission d’enquête a permis la reprise du commerce militaire entre les deux pays. On n’est pas à une curiosité près: d’habitude, on attend les conclusions des enquêteurs avant de reprendre une activité problématique. Et l’on nomme des experts indépendants. Or pour la Suisse, c’est le Seco, chargé de favoriser le commerce helvétique, qui assure la direction de la commission. Qu’on se rassure, il a affirmé prendre l’affaire «très au sérieux».
On lui fait confiance pour ne pas décevoir le peuple suisse qui, en 2009, a balayé l’initiative pour interdire l’exportation d’armes. Business is business.






De l'hypocrisie des dirigeants
Décidément, je trouve cette hypocrisie vraiment à vomir:
- on est un pays neutre, mais on vend des armes
- on les vend à des pays "en paix", alors que les armes sont faites pour la guerre
- on n'a aucun contrôle sur le devenir de ces objets
- on s'étonne de les retrouver dans des conflits armés.
Il serait temps d'arrêter de se voiler la face. Les lobbies économiques ont réussi leur coup lors des dernières votations sur le sujet, mais je ne suis pas certain qu'ils réussissent à nouveau ce coup de poker après les divers scandales.
N'oublions pas les potentielles 10'000 armes de service se baladant en Suisse - 10'000 militaires sur les 27'000 "ayant des données lacunaires" n'ont pas répondu (certains n'ont même pas d'adresse connue !! ).
Circulez, y a rien à voir...