«Merci à la justice qui ne me voit plus comme un affabulateur»
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VERDICT • Le juge retient la version de K.: il a été relâché dans le bois et sprayé. Les deux policiers sont condamnés à des jours-amende avec sursis.
«Après six ans et demi de bataille, la justice vaudoise a enfin dit que je ne suis pas un affabulateur. Je la remercie vraiment du plus profond de mon cœur.» Sur le perron du Tribunal d’Yverdon, K. fait ce bref commentaire sans afficher un sourire de vainqueur. Le jeune homme de 22 ans retient son émotion, quelques minutes après la condamnation des deux policiers lausannois. Son avocate, Aline Bonard, estime qu’une «justice saine» est rendue. Au sortir du troisième procès sur les faits du 1er janvier 2006, elle fait allusion à l’acquittement des policers, en 2010 par le Tribunal de La Côte, cassé par le Tribunal fédéral.
Une première
Cette fois, le président Eric Eckert a prononcé des peines, avec sursis de deux ans. Le brigadier se voit infliger 10 jours-amende pour abus d’autorité. Pour l’agent, la peine est moins légère: 20 jours-amende pour lésions corporelles simples qualifiées et abus d’autorité. Le premier doit 4600 francs de frais de justice et le second 4000 francs, soit leurs parts des «dizaines de milliers de francs» qu’a coûté l’affaire. Les frais de l’assistance judiciaire du plaignant, 13 000 francs, sont à la charge de l’Etat.
Avocat de S., le brigadier du fourgon dans lequel K. avait été embarqué, Me Jean-Christophe Diserens parle d’un «fossé abyssal» avec «la réalité du terrain» et estime un appel «plus que probable». Pour Me Odile Pelet, qui défendait F., l’agent reconnu coupable d’avoir giclé du spray au poivre, la décision est inédite: «Il y a déjà eu des condamnations de policiers, mais là, c’est la première fois où il est dit qu’ils ont tous menti. Depuis le début, ce sont treize policiers qui auraient donc menti.» Le procureur général Eric Cottier avait demandé 20 jours-amende pour chacun. Il se refuse à tout commentaire.
Dans son verdict, le juge vient d’expliquer que K. n’a été ni un «comédien», ni un «menteur». Les deux premières vidéos de ses auditions montrent un jeune de 16 ans qui «s’effondre en larmes» et le dossier «fourmille de témoignages confirmant la réalité du sprayage». Le juge en énumère cinq qui décrivent notamment les «yeux rouges» de K. et il est «incontestable» que F. est l’auteur du sprayage, au bord d’une route dans le bois de Sauvabelin. «C’était un mineur, sous la garde des policiers et le spray peut être dangereux.» Certes, des contradictions sont apparues dans le récit de K., sur la taille de la bombonne de spray, le nom du conducteur du fourgon ou sa rencontre avec un officier à l’hôtel de police lors de sa première tentative de plainte: «Il a pu se faire une représentation de la réalité.»
Juste avant le sprayage, K. a subi un «éloignement», une mesure que la police pratique parfois. Cet «éloignement» avait un caractère punitif et seul S. en est coupable: «Dans le cas d’espèce, cette mesure est illicite, inadéquate, inappropriée et excessive. Un mineur ne doit pas être amené dans le bois de Sauvabelin. C’était disproportionné parce qu’il était facile de le déposer dans le quartier de la Pontaise (où les policiers savaient qu’il habitait, ndlr).» La thèse d’un appel radio pour intervenir dans le quartier de La Sallaz est écartée: «Si cet appel avait eu lieu, il aurait été facile de déposer K. en haut de la rue de La Borde.»
La culpabilité de ce brigadier est «légère», car K. avait insulté les policiers du fourgon devant le Sidewalk Café, où il a été pris. De plus, les faits sont anciens. «Un homme honorable a pris, une fois dans sa vie, une mauvaise décision.» La culpabilité de F. est «un peu plus lourde», car le sprayage est «plus grave que l’éloignement». Toutefois F. demeure un «excellent policier», sans aucune autre tache, estime Eric Eckert. D’ailleurs il appartient aujourd’hui à l’unité d’élite qu’est le groupe d’intervention.
Rétractation peu crédible
Dans son réquisitoire, le procureur général insistait sur le fait que le Tribunal fédéral avait jugé «arbitraire» que le Tribunal de La Côte ait écarté les témoignages de trois policiers soutenant le sprayage dans le bois de Sauvabelin. Le conducteur du fourgon, notamment, avait témoigné dans ce sens, avant une rétractation peu crédible aux yeux de la Cour suprême. L’avocate du plaignant soulignait que les dispenses de policiers, annoncés comme témoins de la défense, montraient que «l’esprit de corps s’effrite».
Côté défense, l’avocate de F. expliquait que si K. avait les yeux rouges, c’est parce qu’il avait passé la nuit «dans une discothèque enfumée». Son client n’aurait pas gâché sa carrière pour un jeune qu’il n’avait vu que «trois minutes». L’avocat de S., lui, plaidait qu’il n’avait pas voulu punir K. mais l’éloigner parce qu’il générait «une ambiance pré-insurrectionnelle». I





