Lundi, 20 mai 2013

Assad lutte pour rester maître de Damas

VENDREDI 20 JUILLET 2012

SYRIE • La guerre entre insurgés et forces régulières fait toujours rage dans la capitale syrienne. Le régime tente de garder le contrôle par la force. Les civils fuient le pays, tandis que le clan Assad est déboussolé. Décodage.

Depuis cinq jours, Damas est le théâtre de combats entre les insurgés de l’Armée syrienne libre (ASL) et l’armée régulière qui mène des bombardements notamment à l’aide d’hélicoptères et de tanks. Le pays s’enfonce dans la violence. Décodage de la situation.

1. Bachar al-Assad va-t-il quitter Damas?
Le président est apparu hier furtivement sur les écrans après le spectaculaire attentat qui a coûté la vie à son beau-frère Assef Chawkat et à des têtes de l’appareil répressif. La TV syrienne a diffusé des images de Bachar en costume bleu, recevant le nouveau ministre de la Défense, Fahd al-Freij, en uniforme militaire. Depuis, le président n’a fait aucune déclaration et pas une image sur l’attaque n’a été diffusée à la TV.
Mais où se trouve donc Assad? Selon l’agence Reuters, le raïs s’est replié sur Lattaquié. Il coordonnerait la riposte à partir de cette ville située au bord de la mer Méditerranée, à l’extrême nord du pays. La région est le fief de la famille Assad. S’il perd Damas, le clan Assad cherchera refuge dans ce réduit alaouite pour préparer la riposte, voire reconstituer l’ancien Etat des Alaouites.
Selon un diplomate arabe en poste à Damas, Bachar al-Assad est toujours à Damas dans son bureau, protégé par la 4e division de l’armée de son frère Maher al-Assad. «Le quartier Mezzé au pied du palais présidentiel et celui de Charkassyeh ont été transformés en une véritable forteresse.», raconte au téléphone un architecte de Damas. «Normal, après l’attentat qui a secoué le cœur névralgique du pouvoir. Une attaque à 200 mètres des bureaux de Bachar, à 400 mètres  du siège du parti Baath et à quelques mètres des quartiers des ambassades». Bachar al-Assad vit donc dans un camp retranché et semble déterminé à mourir pour conserver le pouvoir.

2. La famille Assad va-t-elle fuir la Syrie alors que le pays sombre dans le chaos?
Le président syrien va-t-il connaître le même sort que les anciens dictateurs arabes, emportés par la colère de la révolte arabe. Petit rappel, Mouammar Kadhafi s’était retranché à Syrte avant de se faire massacrer. L’Egyptien Hosni Moubarak a fui vers la station balnéaire de Charm el-Cheikh avant d’être jugé et emprisonné. Et le dictateur tunisien Ben Ali s’est réfugié avec sa famille en Arabie saoudite.
Les rumeurs les plus diverses circulent sur les membres de la famille Assad qui ont pris la poudre d’escampette. La femme du président syrien, Asma, et mère de ses trois enfants, ainsi que la mère de Bachar, Anissa, et sa fille Bouchra se trouveraient en Russie. Bachar al-Assad suivra-t-il le même chemin? Pourrait-il trouver asile en Russie ou en Iran? Le vice-président syrien Farouk al-Charah s’était rendu dernièrement à Moscou pour discuter avec le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov de l’installation du président syrien en Russie en cas de chute du régime. Mais on n’en est pas encore là.
 
3. Que se passe-t-il sur le terrain?

Terrifié à l’idée de perdre le contrôle de Damas, le régime syrien a bombardé et pilonné plusieurs quartiers de la capitale et sa banlieue. Des explosions et des tirs ont résonné toute la journée d’hier dans différents endroits de la ville, que survolaient des hélicoptères. «Des tireurs d’élite ont pris position sur les toits de plusieurs immeubles et ministères. Les snipers tirent sur tout le monde. Les rues sont vides», raconte un témoin sur place. Les blindés de l’armée sillonnent les rues de la ville.
Sur la ligne de front, de violents combats ont éclaté à Ikhlass, près du siège du gouvernement, entre insurgés et forces régulières. Les rebelles ont tenté de prendre le siège du Conseil des ministres. Ils contrôlent le poste central de la police.
«Des familles fuient les zones de combats dans les quartiers stratégiques de Mezze et Kfar Sousseh», affirme Mahmoud de Damas. Membre de l’Armée syrienne libre (ASL), Abou Yazine raconte par skype la situation dans le quartier de Midane, cœur de la bataille de Damas: «Nous sommes bombardés depuis le mont Kassioun, les hélicoptères nous arrosent avec des bombes. Nous sommes cernés par les chars de l’armée de Bachar. Il y a plus de 20 corps qui sont abandonnés dans la rue depuis ce matin.» Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), plus de 60 personnes sont mortes hier rien qu’à Damas. Les affrontements ont redoublé en intensité dans la nuit.

4. La bataille de Damas constitue-t-elle un tournant?
Les Syriens disent: «Celui qui contrôle Damas, contrôle la Syrie». Certes, l’insurrection a beaucoup progressé partout au nord du pays et monte aujourd’hui en capacité pour attaquer la capitale.
 «Si Damas tombe, c’est la chute du régime à coup sûr», explique, par messagerie électronique, un journaliste syrien qui se terre chez lui depuis dimanche. «On souhaite qu’il n’y ait pas de massacre. Ici on sent la mort rôder. On parle des chabihas, les milices armées du pouvoir qui assassinent à l’arme blanche. Est-ce le prix qu’il faut payer pour vivre libre? Je ne comprends pas non plus d’où vient cette haine. Pour moi la chute du régime signifie également le début des boucheries.»
D’autres observateurs estiment que l’offensive des rebelles baptisée «le volcan de Damas et les séismes de Syrie» prendra quelques semaines où l’on payera le prix fort afin de chasser les Assad. Reste une question: l’ASL a-t-elle assez de moyens humains et militaires pour faire face à l’armée de Bachar qui dispose d’une grande puissance de feu? «On est des petites unités très mobiles qui connaissent bien Damas. On dispose également du soutien de la bourgeoisie sunnite de Damas et d’Alep. C’est elle qui finance la révolution», explique Abou Yazine.
De son côté, Michel, un habitant du quartier chrétien de Bab Touma mesure le risque que le pays plonge dans la guerre civile. «Pour le moment, ce sont des rebelles qui affrontent les forces du régime. La messe sera dite le jour où les quartiers communautaires commenceront à se faire la guerre».
 
5. Que peut faire la communauté internationale?
Rien. Observer de loin ce qui se passe en Syrie en regardant les vidéos des combats et des atrocités sur YouTube et dire à Kofi Annan de rendre son tablier d’émissaire des Nations Unies et de la Ligue arabe dans la région. Son plan de paix et son cessez-le-feu sont restés lettre morte alors que le pays est à feu et à sang. Et que faire des 300 observateurs de l’ONU en Syrie (Misnus), déployés depuis mi-avril dans le pays? La guerre froide entre blocs des pays occidentaux et Russie-Chine à l’ONU risque de faire flamber toute la région. Au Conseil de sécurité de l’ONU, Moscou et Pékin ont pour la troisième fois opposé leur veto hier à une résolution occidentale menaçant le régime syrien de sanctions, une décision vivement critiquée par les Européens et les Américains. I

 

Comment informer sur le cas syrien?

Les journalistes qui couvrent la révolution en Syrie ne manquent pas d’informations. Non,  loin de là. Le souci majeur réside dans la vérification des faits et des images qui parviennent de Syrie, envoyés par la rébellion ou par le gouvernement. Jusqu’à aujourd’hui, le régime syrien refuse de laisser les médias étrangers couvrir les événements sur place. La surabondance des images, des vidéos, des informations, rend le travail encore plus compliqué. Comment distinguer le vrai du faux? «La Liberté» fut l’un des rares médias suisses à recevoir un visa. Aujourd’hui, le journal couvre le conflit grâce à des contacts téléphoniques et par skype, avec des citoyens et des militants de la révolution à l’intérieur du pays. Ils livrent une quantité impressionnante d’informations, mais difficilement vérifiables.

 
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