Lundi, 20 mai 2013

La police sur le banc des accusés

VENDREDI 20 JUILLET 2012

Après une reconstitution hier, les réquisitoires et les plaidoiries se tiennent aujourd’hui à Yverdon dans l’affaire des deux policiers lausannois accusés d’avoir aspergé de spray au poivre un jeune Erythréen, et de l’avoir abandonné près des bois de Sauvabelin la nuit du Nouvel An 2006. Pour la troisième fois réunies dans un tribunal, après deux acquittements cassés par le Tribunal fédéral, les parties continuent de présenter des versions diamétralement opposées.
Malgré la réserve qui sied dans des affaires de justice, force est de constater que plusieurs éléments donnent un poids important à l’accusation, même si la défense pointe les «incohérences» du plaignant. D’abord, il y a ce témoignage accablant d’un ancien policier que la justice de la Côte avait écarté de façon arbitraire, selon le TF. Il affirme avoir entendu un membre de la patrouille incriminée dire que les policiers s’étaient arrangés pour donner une version concordante. Pis, ce que le mineur érythréen prétend avoir subi serait une pratique courante et connue de la hiérarchie, selon le témoin. Lui-même avoue avoir pratiqué ce genre d’humiliations qui comprenaient parfois des coups.
Ces déclarations n’ont rien d’improbable. En mars de cette année, le Tribunal fédéral a définitivement condamné un autre policier lausannois pour abus d’autorité. Le cadre est à nouveau Sauvabelin. Le 8 février 2010, après une fouille au poste, le policier demande à un suspect auquel rien ne pouvait être reproché pourquoi il avait fui à la vue des forces de l’ordre. «J’aime courir», a la mauvaise idée de répondre le requérant d’asile tchadien.
Pour le punir, le policier lui propose de «l’emmener dans un endroit où il pourra s’adonner à ce sport»... L’agent a prétendu avoir déduit de l’attitude de l’intéressé qu’il avait manifesté son accord à être emmené, puis déposé de nuit dans la forêt pour y pratiquer un jogging... La tentation est grande de faire le lien entre cette ligne de défense scabreuse et celle du cas jugé ces jours
– les policiers affirment avoir déposé l’Erythréen pour se rendre à une autre intervention.
Rappelons encore que Genève a connu son lot d’affaires similaires. La nuit du 10 août 2004, un présumé dealer de drogue africain avait été abandonné dans une forêt à Versoix, après avoir été interpellé par deux policiers aux Pâquis. Et, en marge du G8 en 2003, une douzaine de relaxes illégales en pleine nature avaient eu lieu. «Peut-être que ces pratiques n’étaient pas rares il y a quelques dizaines d’années à Genève, mais c’est du passé», déclarait alors un porte-parole de la police. On aimerait en être sûr.
Ces derniers temps, les médias se sont fait l’écho de violences toujours plus nombreuses à l’égard de policiers. Le fait qu’ils exercent un métier difficile n’excuse rien: bras armé de l’Etat, ils doivent avoir un comportement au-dessus de tout soupçon.
A la justice de dire si les deux intéressés ont ou non enfreint la loi qu’ils ont juré de défendre.

 
Le Courrier
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