L’Etat veut forcer la construction à Challendin
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CHÊNE-BOUGERIES • Malgré le vote négatif des habitants, le ministre du logement François Longchamp veut aller de l’avant et créer 227 habitations à Challendin. «La guerre est déclarée», rétorquent les opposants.
Pour ses premiers pas comme patron du Département de l’urbanisme (DU), le conseiller d’Etat François Longchamp a voulu montrer un visage de fermeté. Le nouveau ministre du logement a annoncé hier la volonté du gouvernement d’aller de l’avant avec le projet de Challendin, à Chêne-Bougeries, qui prévoit la création de 227 logements et de 3900 m2 de surface d’activités en bordure de la route de Chêne.
Et ce malgré le vote des habitants de la commune, qui avaient rejeté en novembre 2011 le préavis positif du Conseil municipal au Plan localisé de quartier (PLQ). Ce scrutin n’avait qu’un caractère consultatif, mais le canton a suspendu la procédure, accordant un délai aux opposants pour présenter un projet alternatif. Déposé début mai, celui-ci réduit la densité du futur quartier à 150 logements et 2800 m2 d’activités. «Inacceptable», estime le gouvernement, qui a balayé la proposition.
«Un gaspillage absolu»
«Se contenter de 150 logements dans un lieu idéalement situé, aux portes de la ville et à deux pas du tram 12, serait un gaspillage absolu», argumente François Longchamp. Il rappelle que Chêne-Bougeries abrite aujourd’hui quelque 1200 «enfants» – entre 10 et 19 ans – à loger dans un futur proche. Le PLQ de Challendin ne permet déjà d’y répondre que très partiellement. «Abaisser cette offre est alors impensable».
Le Grand Conseil avait d’ailleurs déjà critiqué la faible densité de ce projet (1,2 d’indice d’utilisation du sol), qui se révèle plus proche d’un centre villageois que des tours du Lignon. Mais ce compromis n’est toujours pas suffisant aux yeux de certains, puisque les opposants visent une densité encore plus basse, fixée à 1. Pour le Conseil d’Etat, les onze petits bâtiments de quatre étages – dont huit réservés au logement – permettent, au contraire, de préserver une bonne qualité de vie tout en répondant aux besoins en matière de constructions.
Quid des propriétaires?
En outre, François Longchamp souligne que le projet alternatif nécessiterait de reprendre à zéro la procédure d’approbation du PLQ, ce qui retarderait beaucoup sa mise en œuvre. La machine a donc été relancée, avec l’ouverture aujourd’hui du délai d’opposition, qui court jusqu’au 15 septembre.
Quoi qu’il en soit, l’adoption d’un PLQ fixe le cadre mais ne garantit en rien sa réalisation, rappelle le magistrat. Il faudra dans tous les cas que les pro-
priétaires présents sur cette ancienne zone villas, déclassée en zone de développement, acceptent de vendre ou de construire sur leur terrain.
La plupart y sont prêts, à plus ou moins long terme, assure le conseiller d’Etat. Selon lui, un tiers des bâtiments seraient rapidement constructibles. Le plus important propriétaire du périmètre, la famille De Bonneville, s’était d’ailleurs engagé en faveur du projet lors de la votation communale de l’an passé.
Risque d’oppositions
Les opposants, eux, se disent consternés. «En relançant la procédure, au mépris de la démocratie et sans la moindre consultation, l’Etat déclare la guerre. On va vers dix ans d’opposition garantis», tonne Christina Meissner, députée UDC et secrétaire générale de l’association Pic-Vert, qui défend les propriétaires de villas. Elle promet d’ores et déjà un recours.
Simon Johnson, riverain et ancien membre du comité référendaire, ne s’explique pas non plus cette «arrogance»: «Notre projet est le fuit d’un compromis, signé par la plupart des propriétaires (sauf les De Bonneville, ndlr) et des promoteurs immobiliers. Il a toutes les chances de se réaliser plus rapidement que celui du Conseil d’Etat!» I
COMMENTAIRE
La guerre des villas
Par Rachad Armanios
François Longchamp annonce la couleur. Pour marquer le début de son action comme chef confirmé de l’Urbanisme à Genève, le conseiller d’Etat a donné un signal de fermeté en allant de l’avant dans l’intention du canton de construire 227 logements à Challendin (Chêne-Bougeries). Après avoir été accusé de mollesse au sujet
du projet des Grands-Esserts (Veyrier) pour avoir décidé d’échelonner les constructions dans le temps, le magistrat a voulu montrer, hier, qu’il défendra la collectivité contre certaines communes aisées et des propriétaires de villa accrochés à leur intérêt privé.
Pour l’anecdote, on se souvient qu’une certaine Anne Emery-Torracinta, dont la droite avait fustigé les propositions «étatistes» en matière de logement, avait martelé qu’il ne fallait rien céder sur Challendin…
Reste que M. Longchamp prend un risque, puisque son passage en force sur le dossier pourrait valoir des années d’opposition. Les opposants y ont en tous cas vu une véritable déclaration de guerre.





