Le Jura convoite un service fédéral
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Transfert • La Régie fédérale des alcools est appelée à disparaître. Au pays des alambics, Delémont est candidat pour accueillir l’organisme qui lui succédera. Polémique annoncée.
C’est une affaire qui pourrait drainer plusieurs dizaines d’emplois. Mais la partie est loin d’être gagnée. En mars, la ville de Delémont s’est portée candidate pour héberger le service fédéral qui doit succéder à l’actuelle Régie fédérale des alcools (RFA), dont le siège est à Berne et qui dépend du Département fédéral des finances (DFF) dirigé par Eveline Widmer-Schlumpf. Le Conseil fédéral prévoit d’intégrer la nouvelle entité dans l’Administration fédérale des douanes dès juillet 2014.
Des liens rapprochés
Pour l’instant, les autorités concernées gardent le silence sur le projet de déplacement du service dans le Jura, dont «La Liberté» a obtenu confirmation par ailleurs. Une proposition accueillie favorablement par le DFF, mais sa mise en application dépendra du sort réservé à la révision de la loi sur l’alcool, bientôt soumise aux Chambres. Le processus de transfert n’a même pas commencé que, déjà, des voix s’élèvent pour dénoncer une affaire cousue de fil blanc.
Les liens entre le Jura et la Régie fédérale des alcools sont en effet de plus en plus rapprochés. Il y a dix jours, la RFA signait une convention avec le canton pour lui attribuer sa collection d’alambics anciens. Un Musée suisse de la distillation devrait être créé à Porrentruy. En outre, Delémont accueille avec Schachen (LU) l’un des deux sites d’exploitation du centre de profit de la RFA, Alcosuisse, qui exerce le monopole pour le commerce de l’éthanol.
125 ans d’existence
Créée en 1887, la Régie fédérale des alcools est le plus ancien établissement de la Confédération. Elle fête cette année ses 125 ans. Un anniversaire «pas seulement constitué de festivités, mais également ponctué de décisions importantes pour l’avenir» de l’organisme, écrit son directeur Alexandre Schmidt dans le magazine de la RFA. Un directeur qui sait déjà qu’il va perdre son office...
Dans son message concernant la révision totale de la loi, le Conseil fédéral ne fait pas de mystère: l’actuelle régie sera supprimée et intégrée dans l’Administration fédérale des douanes (AFD) à l’horizon 2014. Le gouvernement annonce en outre la privatisation d’Alcosuisse.
Rien, dans ce message adopté le 25 janvier 2012, ne laisse augurer d’un éventuel déménagement de la nouvelle entité administrative. En toute logique puisque, selon nos informations, c’est à mi-mars qu’une proposition a été adressée par l’Exécutif delémontain, le gouvernement cantonal et la députation jurassienne aux Chambres fédérales. Le département d’Eveline Widmer-Schlumpf en a pris acte en promettant aux Jurassiens d’être associés le moment venu à la réorganisation du service.
Pourquoi déménager?
Dans la Berne fédérale, la polémique commence déjà à enfler. Motif: le projet jurassien semble être réglé comme du papier à musique. Y a-t-il d’autres villes candidates? Et d’abord, pourquoi ce déménagement? Au goût de certains, la présidente de la Confédération et cheffe du DFF irait trop vite en besogne.
Consultées dans le cadre de la révision de la loi, plusieurs associations considèrent la suppression de la RFA avec une certaine inquiétude. «C’est notre interlocuteur depuis 125 ans. Si la régie devait être intégrée dans les douanes, nous craignons que la spécificité de la filière de l’alcool ne soit plus prise en compte», indique le Valaisan Julien Morand, vice-président de la Fédération suisse des spiritueux. Et si le service vient à déménager? «Dans la branche, personne n’a encore évoqué le sujet, mais logiquement il devrait rester à Berne.»
De la révision de la loi, il en sera question le 13 août en séance de la commission de l’économie du National. Pour son président Christophe Darbellay (pdc/VS), «la suppression de la RFA est un vieux serpent de mer». Le proposition jurassienne n’est pas encore parvenue à ses oreilles. «Comme fédéraliste, je ne saurais m’opposer à une certaine décentralisation de l’Administration fédérale», réagit M. Darbellay. Pour sa part, Jacques Bourgeois (plr/FR) voit d’un bon œil le fait d’alléger la structure responsable du contrôle des alcools.
80 emplois à la clé
A Delémont, Alcosuisse emploie une dizaine de personnes. La privatisation annoncée entraînera-t-elle des licenciements? Et peut-on être sûr que ce centre d’exploitation restera en terre jurassienne? Interrogé hier sur la stratégie mise en place, le conseiller national jurassien Pierre-Alain Fridez (ps) reste discret: «Joker! On ne dit rien.»
Des 140 emplois que compte actuellement la Régie fédérale des alcools, à peine 80 postes (équivalents plein-temps) devraient subsister en fonction de la révision de la loi. En les faisant venir de Berne, le chef-lieu du Jura réaliserait un joli coup. Le projet consiste à héberger le service fédéral dans un nouveau complexe administratif qui devrait sortir de terre à proximité de la gare de Delémont.






