Jeudi, 20 juin 2013

Barbara et Léo Ferré, vérité plurielle

JEUDI 19 JUILLET 2012
ISABELLE MEISTER

GENEVE • Au Galpon, Loulou chante avec Sophie Solo les textes de Barbara et de Léo Ferré dans «N’avoir que sa vérité», porté par une mise en scène judicieuse et solide.

Une lampe s’allume, posée sur le sol d’un salon couvert de tapisseries sans âge. Une femme allongée sur un canapé lit à haute voix un extrait de Rilke. Mis en scène par Loulou au Galpon, N’avoir que sa vérité est un spectacle musical de la Cie InVerso, ponctué de lectures, à découvrir jusqu’au 29 juillet. Portées par la prose de Rilke, Loulou et Sophie Rusch – alias Sophie Solo – entonnent deux premières chansons où des musiciens aux abois menacent de les étouffer sous leur énergie débordante, et dans lesquelles personne n’arrivera à les suivre. Dispersées dans l’espace, elles se rassemblent enfin.
C’est que dans cette vaste pièce inquiétante et profonde, décor sobre et uniforme créé par Loulou, sont combinées plusieurs ambiances. Un lieu d’intimité entourant un piano dans la lueur d’un chandelier. Une scène plus actuelle comblée d’instruments divers – du piano électrique au synthé, de la guitare classique à l’électrique, en passant par la flûte à coulisse et par les percussions les plus hétéroclites. Et un canapé, au cœur de l’espace, d’où surgissent les premières paroles érotiques.

N’avoir que sa vérité est un spectacle pluriel, où se déploient les textes de Barbara et de Léo Ferré, deux éternels solitaires. L’interprétation qu’en font Loulou et Sophie Solo, sur les arrangements du pianiste Alain Porchet et du guitariste Stéphane Augsburger, ne manque pas de contraste. Elles s’attaquent ensemble aux maris mignons («Mignons», Barbara) dans un élan complice. Puis, seule au monde, Sophie Solo, allongée, raconte d’une voix vibrante comment une toute jeune fille lui a arraché le cœur d’un homme («Le Bel Age», Barbara).
Bouleversante, franche et sublime lorsqu’elle raconte ses hommes («Mes Hommes», Barbara), Loulou se campe soudain dans une imposante virilité sortie des tripes pour entonner «Ton style c’est ton cul» (Ferré). La mort est au bout du chemin – un chemin parsemé de tabous brisés – avec «Mon enterrement» de Ferré et «Y aura du monde» de Barbara. Stéphane Augsburger s’empare également du micro, seule voix masculine de la soirée, pour une seule chanson – c’est là l’unique reproche qu’on puisse lui faire.

Tendresse et hargne asexuées, érotisme et solitude: musiciens et chanteuses (également instrumentistes) ont tôt fait de dissiper le flou d’une première note hésitante pour se lancer dans un voyage atemporel, dans la musique à la fois lointaine et proche d’une France d’hier baignée d’accents romands et d’arrangements contemporains. Emouvant.

 

Jusqu’au 29 juillet, Théâtre du Galpon, 2 rte des Péniches, Genève. Ma-sa: 21h, di 19h, lu relâche. Rés: tél. 022 321 21 76, www.galpon.ch

 
Le Courrier
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