Libéré, le militant algérien Mourad Dhina peut rentrer à Genève
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DROITS HUMAINS • Paris n’extradera pas Mourad Dhina, ainsi que le souhaitaient les autorités algériennes qui le soupçonnent de terrorisme. Le militant est de retour à Genève, où il vit depuis 1987.
Détenu à la prison de la Santé à Paris depuis le 16 janvier 2012, Mourad Dhina, ancien cadre du Front islamique de salut algérien (FIS), est de retour en Suisse après sa libération par la France le 4 juillet dernier. Ce directeur d’Al Karama, une ONG basée à Genève qui se bat pour la sauvegarde des droits de l’homme dans le monde arabe, a souahité partager sa victoire judiciaire avec la presse.
Sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé par les autorités algériennes en 2003, Mourad Dhina avait été arrêté en janvier à l’aéroport d’Orly. Accusé d’avoir joué dans les années 1990, depuis la Suisse, un rôle central pour un groupe terroriste, il avait été condamné par contumace en Algérie en 2005.
Un dossier vide
Selon Rachid Mesli, directeur juridique d’Al Karama, la demande d’extradition adressée à la France «n’était pas fondée en fait, ni circonstanciée ni précisément datée». Elle ne comportait que de «vagues indications d’appartenance de Mourad Dhina dans les années 1992-1994 à une organisation terroriste, entre Zurich et Genève». Selon le juriste, la demande d’Alger était «de nature politique».
Mourad Dhina souligne, comme il l’a fait devant la Cour, qu’«en Algérie, le droit est utilisé comme une ruse de la force». En d’autres termes, compte tenu de la nature du régime, quand un dignitaire décide que le moment est opportun de poursuivre une personne, il charge un juge de monter un dossier. C’est ainsi que le militant explique la tenue d’une enquête inconsistante, balayée par la justice française. Une «gifle» pour l’Algérie, se félicite Mourad Dhina qui se sent
«soulagé».
Pour sa part, la Suisse n’a jamais donné suite au mandat international. Ainsi que nous l’indique le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), la demande d’extradition était un «document insuffisamment motivé par les autorités algériennes, dès lors pas applicable selon le droit suisse.» et d’ajouter que «les autorités algériennes avaient été invitées à compléter le libellé de ce mandat, mais ces démarches sont restées jusqu’ici sans suite».
De retour en Suisse, Mourad Dhina a tenu à montrer sa gratitude envers les innombrables militants qui se sont mobilisé, ainsi que Meyrin, sa commune d’origine. «Je cherchais une décision de justice pour faire taire les méfiances», confie-t-il.
Même si Berne n’a pas satisfait la demande d’Alger, la trajectoire helvétique de ce docteur en physique, ancien collaborateur du CERN, n’a pas été sans heurts. Des enquêtes ont été menées sur ses activités. Un arrêt du Tribunal fédéral lui a donné raison en 1997, en condamnant un policier suisse qui avait livré des documents confidentiels sur son compte à l’Algérie. En 1999, sa demande d’asile politique a été, en revanche, rejetée. Depuis 2004, Mourad Dhina est finalement au bénéfice d’un statut d’admission provisoire, assorti d’une interdiction formelle, tombée en 2002, de faire l’apologie de la violence.
Changement radical
«Oui, je me suis opposé au coup d’Etat algérien de 1992, oui j’ai déclaré que les armes pouvaient être légitimes pour défendre ses droits», reconnaît-il aujourd’hui. Mais sa virulence politique, explique-t-il, est ancrée dans la confiscation de la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS), auquel il a adhéré en 2002 – pour en démissionner deux ans plus tard, reprochant au parti de ne pas adopter une position claire sur le suffrage universel et les droits humains. A cette époque, il a fondé le mouvement d’opposition «Rachad» (droiture).
Partisan d’un changement radical, le militant se dit «la bête noire du pouvoir» algérien. Ce n’est ni par la violence, ni par un coup d’Etat que le régime doit tomber, avance-t-il. «Seule la seule force de la société civile devrait parvenir à instaurer un Etat de droit, respectant les libertés fondamentales.» Un changement qui devra être «algéro-algérien», dans un processus indépendant de toute puissance étrangère. Ce programme, Mourad Dhina le défend «sans angélisme».I





