Les rabais de Media Markt aux bons élèves font un carton
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SUISSE-ALLEMANDE • La prime aux bons élèves de Media Markt est controversée. Des professionnels pointe une récupération consumériste du débat sur les notes à l'école.
L’action marketing de certaines filiales alémaniques de Media Markt à destination des bons élèves est un succès, selon la porte-parole du géant de l’électronique Séverine de Rougemont: «La semaine dernière, en deux jours, nous avons attiré 600 élèves au magasin de Saint-Gall et un total de 500 dans ceux de Muri et Lyssach (BE).» Pour chaque «6» inscrit dans le bulletin scolaire de fin d’année présenté au magasin, les élèves bénéficient de 4 francs de réduction, et de 2 francs pour les «5», quelle que soit la discipline. La campagne n’est pas nationale et seules des filiales en Suisse alémanique mènent cette promotion.
«Nous voulons montrer qu’il vaut la peine de bien travailler à l’école et récompenser les élèves à l’issue d’une année scolaire d’efforts», justifie Mme de Rougement.
Dans une lettre ouverte mentionnée par le Blick la semaine passée, Stefan Grob, membre du PDC à Saint-Gall et de la direction de l’association Kinderrechte Ostschweiz («droits des enfants Suisse orientale»), prévient que «la pression à la performance sur les enfants ne doit pas être exagérée.» Avec l’action de Media Markt, les moins bons élèves sont doublement frustrés et punis, regrette-t-il.
Président du Syndicat romand des enseignants, Georges Pasquier dénonce cette «marchandisation des notes». Il souligne que pour récompenser l’effort, il faudrait plutôt primer la progression des élèves, car beaucoup ont de bonnes notes sans étudier, et inversement.
L’action du magasin peut motiver certains élèves, reconnaît-il, mais il s’oppose au système des notes qui «produit de l’échec. Car les notes écrasent encore plus ceux qui sont déjà écrasés. Et Media Markt leur donne encore un coup de marteau.»
Il s’insurge aussi contre «un nouvel assaut consumériste» sur l’école et les enfants. Président de l’Association refaire l’école – qui avait défendu le retour des notes à l’école primaire genevoise –, Philippe Jobin défend évidemment ce système. Pour autant, sa récupération consumériste lui «hérisse les poils», commente-t-il à titre personnel. «Il y a une confusion des genres entre consommation et pédagogie. L’école, laïque, doit être protégée de l’économie comme de la religion.»
La porte-parole de l’entreprise ne nie évidemment pas le but d’attirer des clients. Mais elle réfute tout élitisme. Récompenser la progression des élèves plutôt que les bonnes notes serait trop compliqué, estime Mme de Rougemont. «La pédagogie n’est pas notre domaine. Nous avons juste voulu faire une action sympathique. Les parents et les enfants sont très contents.» RA





