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STRASBOURG • Les juges européens déboutent définitivement le mouvement raëlien. Neuchâtel a eu raison de s’opposer à une campagne d’affichage en 2001.
L’affaire aura occupé la justice pendant plus de dix ans. Elle s’est achevée hier à Strasbourg par un arrêt définitif de la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme. Les juges ont donné raison à la direction de la police de Neuchâtel qui, en 2001, a opposé son veto à une campagne d’affichage du mouvement raëlien. Selon eux, ce refus n’a pas violé la liberté d’expression car il répondait «à un besoin social impérieux». Cet arrêt confirme les précédentes décisions des justices suisse et européenne mais les juges étaient divisés. Ils se sont prononcés par huit voix contre sept.
Dépité, le porte-parole du mouvement raëlien en Suisse Chris Antille note néanmoins que «la décision était plus serrée que lors des précédents jugements». Selon lui, cet échec ne portera pas à conséquence. «Nous nous battions pour le principe, mais cela fait longtemps que nous ne faisons plus d’affiches. Depuis 2001, internet a gagné en importance. Nous pouvons y faire valoir plus facilement nos idées et à moindre coût.»
L’affiche litigieuse ne comportait en elle-même rien de particulièrement choquant. Chapeautée par une grande inscription – «Le Message donné par les extraterrestres» –, elle était illustrée par des visages d’extraterrestre et une pyramide. On distinguait aussi une soucoupe volante et la Terre. Une adresse internet et un numéro de téléphone étaient mentionnés.
Le message, c’est bien sûr celui du gourou de la secte, Claude Vorhilon, 66 ans, dit Raël. Il affirme avoir été emmené en 1975 sur une planète où il a rencontré Bouddha, Moïse, Jésus et Mahomet. Ses hôtes lui auraient appris que ce sont des scientifiques extraterrestres qui sont à l’origine de la vie sur Terre. Ils l’auraient chargé de construire une ambassade à leur intention.
Ce n’est pas ce côté «soucoupiste» qui a incité les autorités neuchâteloises à réagir, mais la vision de la société développée par Raël. Directrice du Centre intercantonal d’information sur les croyances, Brigitte Knobel note que le mouvement raëlien est très anticonformiste d’un point de vue religieux. «Il défend des valeurs comme le clonage humain ou l’amour libre, qui le mettent régulièrement en situation conflictuelle avec la société.» Le risque de dérives sexuelles à l’égard d’enfants mineurs a notamment été relevé. Brigitte Knobel affirme n’avoir pas eu connaissance de cas de maltraitance, mais les autorités n’ont pas voulu prendre de risque.
Le refus d’affichage a été confirmé en 2005 par le Tribunal administratif du canton de Neuchâtel et par le Tribunal fédéral qui estime qu’une autorisation donnerait l’impression que l’Etat cautionne les idées véhiculées par le mouvement. En janvier 2011, cette argumentation a aussi été suivie par la Cour européenne mais le mouvement raëlien a obtenu un renvoi devant la Grande Chambre, l’instance suprême. Celle-ci a conclu hier qu’au vu de l’ensemble de la situation, «ce refus était indispensable aux fins de la protection de la santé et de la morale, de la protection des droits d’autrui et de la prévention du crime».
Strasbourg n’en a cependant pas fini avec les raëliens. La Cour doit encore se prononcer sur un recours déposé après que le Valais a refusé, en 2007, d’accorder une autorisation de séjour à Raël.
Lors du dernier recensement de la population suisse, en 2000, 40 personnes se sont déclarées raëliennes. Selon Chris Antille, il y aurait aujourd’hui une centaine de personnes actives et un millier de sympathisants, essentiellement romands. I






