La controverse sur la circoncision débarque en Suisse
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POLÉMIQUE • Entre droit à l’intégrité physique et liberté confessionnelle, médecins et communautés religieuses de Suisse romande réagissent à la décision d’un tribunal allemand de condamner la circoncision.
La circoncision des enfants pour motif religieux est-elle condamnable? Depuis la décision du Tribunal de grande instance de Cologne, sur plainte du parquet de la ville rhénane, la polémique ne cesse de croître en Allemagne. Par crainte d’une plainte similaire, la Société suisse de chirurgie pédiatrique a pris des précautions. Elle a décidé d’étudier la question à l’aune du droit helvétique.
En termes médicaux, la circoncision suscite inquiétudes et questionnements jusqu’en Suisse. Les professionnels de la santé sont divisés sur la question. Un malaise est palpable, en atteste la difficulté des médecins à donner un avis ferme sur les enjeux que cette pratique soulève, entre le droit à l’intégrité corporelle d’un côté, et le respect de la liberté religieuse, de l’autre. Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses (FMH), estime que «ni le corps médical ni la société n’ont à s’impliquer dans des questions qui ne touchent ni à la santé ni au bien-être». Pourtant, le tribunal allemand a qualifié l’acte «d’atteinte irréversible à l’intégrité corporelle».
Une pratique sans effet?
Il n’y a pas de consensus sur les effets de l’opération. Pour Johannes Hauser, chef de clinique en urologie aux Hôpitaux universitaire de Genève (HUG), la circoncision ne provoque «aucune conséquence négative». Il affirme ne jamais avoir reçu de plainte venant de ses patients adultes opérés aux HUG – environ trois cas par semaine. «Il n’est pas nécessaire de les prévenir, avant l’intervention, des changements qui pourraient survenir dans leur sexualité», ajoute encore le médecin.
«La circoncision entraîne certainement un changement», souligne le docteur Lorenzo Soldati, responsable du programme de sexologie des HUG. Mais en termes de satisfaction sexuelle, «il n’y a pas de problème avéré d’après les études (qu’il reconnaît très rares sur le sujet, ndlr), ou provenant de plaintes de patients».
Dans un éclat de rire, un responsable associatif musulman, qui souhaite rester anonyme, assure: «Jamais personne n’a souffert d’aucune manière de sa circoncision.» Position soutenue aussi par Jacques de Halle, qui met au défi de trouver un témoignage démontrant le contraire.
Du côté de la chirurgie pédiatrique, en revanche, le son de cloche est différent. Barbara Wildhaber, professeure de chirurgie pédiatrique aux HUG, n’est pas favorable à la circoncision: «Le prépuce a une raison d’être: dans la mesure du possible, il faut le conserver», avance-t-elle. Parfois partielle, il arrive que l’opération soit pratiquée dans le cas «d’éventuelles malformations, d’un développement anormal ou d’affections dermatologiques. Mais il n’y a pas d’indication générale à la circoncision», poursuit la chirurgienne. Un avis que partage également Jacques-André Romand, médecin cantonal genevois.
La chirurgie pédiatrique peu favorable
La religion, la tradition ou l’hygiène sont les principaux motifs conduisant à demander la circoncision. Dans le cadre de sa consultation, Barbara Wildhaber reçoit des couples qui, dans une perspective hygiéniste, pensent «bien faire» pour leur enfant. Plus propre, protégeant des infections, des maladies sexuellement transmissibles voire du cancer: autant de préjugés auxquels la doctoresse doit faire face, car il n’y a pas de bénéfice à l’intervention d’après elle. En outre, l’anesthésie locale est très douloureuse et la narcose complète reste contre-indiquée dans le cas d’un enfant.
Cependant, à l’instar de son homologue Judith Hohlfeld, cheffe du service de chirurgie pédiatrique du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), jamais elle ne tente de dissuader des parents qui sont religieusement convaincus. D’une part, les deux doctoresses estiment important de tenir compte de la reproduction sociale et culturelle pour le bien de l’enfant. D’autre part, toutes deux affirment que si les parents sont religieux, l’opération sera effectuée de toute manière. Plutôt que de prendre le risque qu’elle soit pratiquée dans de mauvaises conditions, les chirurgiennes préfèrent donc la pratiquer sous narcose, et dans les conditions sécurisées de l’hôpital.
Pour ce qui est des communautés juives, la circoncision a en effet essentiellement lieu hors contexte hospitalier. La doctoresse Hohlfeld précise qu’elle n’a pas en consultation de familles de confession juive.
Izhak Dayan, le grand rabbin de la Communauté israélite de Genève, explique que la circoncision est pratiquée par une personne, «médecin ou non, détentrice d’un certificat délivré par le ministère de la Santé en Israël ou par des autorités médicales en Angleterre». En principe, l’opération se fait à huit jours et «peut être effectuée sans anesthésie».
Un acte pas contrôlé
Lucia Dahlab, présidente de l’Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG), est sceptique. «Il faudrait imposer l’intervention en milieu médical», affirme-t-elle, avant d’ajouter que «la question ne se pose pas vraiment en Europe».
Interpellé sur la question, le président de la FMH Jacques de Haller affirme que cette pratique ne constitue pas un exercice illégal de la médecine puisque «manifestement, l’autorité cantonale ne considère pas la pratique comme un acte médical». A Genève, le médecin cantonal Jacques-André Romand souligne que «si des personnes pratiquant la circoncision ne sont pas des professionnels de la santé au sens de la loi du canton de Genève, je n’en suis pas l’autorité de surveillance.» Reste ouverte la question de savoir comment qualifier l’acte. Le médecin cantonal s’y refuse.
Les milieux religieux sur le qui-vive
Si de concert, les responsables religieux musulmans et juifs de Romandie déclarent que la décision de Cologne «porte atteinte à la liberté religieuse», ils réagissent différemment. Lucia Dahlab, vice-présidente de l’Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG), estime que choisir de circoncire son fils «n’est pas anodin». Sur le plan religieux, c’est un «signe d’appartenance fort», ajoute-t-elle. En ce sens, mentionnant le rapport d’Amnesty international sur la discrimination des musulmans en Europe, elle se «méfie des réelles motivations qui ont conduit au jugement» du länder allemand. Pour l’instant, l’UOMG ne s’est pas réunie et n’a rien décidé. Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation de l’entre-connaissance, est convaincu que les Allemands reviendront sur leur décision.
La vice-présidente indique rester vigilante. «Dans un climat d’instrumentalisation des musulmans, il faut être lucide.» Selon elle, la remarque vaut également pour les juifs.
Izhak Dayan, le grand rabbin de la Communauté israélite de Genève, déclare qu’il est «impensable pour un juif de ne pas être circoncis. Cette décision équivaut à dire aux juifs de quitter l’Europe». Le conseil rabbinique d’Europe, auquel il est rattaché, est déterminé à agir. Lors d’une call conference, il a été décidé que chaque grand rabbin se présenterait auprès de l’ambassadeur d’Allemagne de son pays afin de le mettre face à la liberté de religion et d’expliquer l’importance de la circoncision.
Témoignage débridé
Nicolas, la quarantaine raconte le «traumatisme» d’une circoncision tardive. Jeune enfant, on détecte chez lui une légère malformation nécessitant une intervention. Plus tard, vers l’âge de sept ans, il se souvient d’un rendez-vous de médecin qui la recommande. Les parents oublient, le temps passe et le petit garçon se garde bien de rappeler ses parents à l’ordre.
L’affaire devient familiale, la grand-mère et la tante s’en préoccupent, accroissant du même coup la «gêne terrible» de l’enfant. Il a finalement 13 ans quand il se fait opérer. Effrayé à l’idée de la douleur avant l’opération, sa longue convalescence a confirmé ses craintes. A côté des paroles médicales rassurantes et des questionnements jamais verbalisés, c’est aussi «la honte» qui s’installe. Dans les douches de l’école, même sans être le seul circoncis, il se sentait «encore plus nu» que tous ses camarades.
Nicolas a parfaitement conscience que son traumatisme est lié à l’âge qu’il avait au moment de l’opération. En outre, il ne vivait pas dans un contexte où la circoncision était la norme. Avec humour et satisfait de sa vie, ce Suisse en parle aujourd’hui sans retenue. Toutefois, selon lui, aucun doute que la circoncision a un effet sur la sensibilité de la peau.
La décision allemande le fait réagir. D’un point de vue «technique», il trouve «aberrant» qu’un juge soit conduit à se mêler d’une question qui devrait être du ressort du corps médical, et donc motivée par des arguments scientifiques. Toutefois, dans une perspective «morale, si tout ce que la loi n’interdit pas est permis», Nicolas est satisfait qu’un tribunal statue sur un acte qui porte atteinte à l’intégrité physique selon lui. «Je me sens rasséréné qu’un juge soit entré en matière sur un sujet si délicat.» SNR






Re: À propos
À propos de : «le grand rabbin de la Communauté israélite de Genève, déclare qu’il est «impensable pour un juif de ne pas être circoncis. Cette décision équivaut à dire aux juifs de quitter l’Europe». Propos à nuancer pour qu'ils correspondent à la réalité car il n'existe pas qu'une forme de circoncision. On trouve en effet la brit milah avec coupure du prépuce et la brit shalom où l'on coupe symboliquement un morceau de tissu du vêtement de l'enfant plutôt que le prépuce (judaïsme libéral). On la justifie bibliquement en invoquant le commandement 'Tu ne voleras pas.' Et on a aussi des groupes juifs 'intactivistes'. Donc on trouvera très certainement des juifs non-circoncis... D'ailleurs l'enfant est juif par la mère qui, elle-même, n'est pas circoncise. Alors on est juif par quoi? En fait, on joue sur les émotions alors qu'un regard objectif verra qu'il y a en ce cas mutilation d'une partie saine du corps. On en fera donc un acte criminel au même titre que le serait l'excision (différence de degré par rapport avec la circoncision - au minimum -, mais certainement pas de nature: atteinte à la sexualité de l'enfant dans une partie saine de son corps, sans son consentement, au nom de la culture, etc.)... Quant à «Le conseil rabbinique d’Europe, auquel il est rattaché, est déterminé à agir. Lors d’une call conference, il a été décidé que chaque grand rabbin se présenterait auprès de l’ambassadeur d’Allemagne de son pays afin de le mettre face à la liberté de religion et d’expliquer l’importance de la circoncision.», faut-il le répéter, la circoncision n'est pas abolie, ce n'est que partie remise. Quant à la liberté de religion, de quelle liberté dispose le petit quant à ce choix de religion, et de quelle religion peut-il être jusqu'à l'âge de huit jours?