Samedi, 25 mai 2013

A Clair d’Arve, les clients côtoient le handicap autour d’un bon plat

VENDREDI 13 JUILLET 2012
Le restaurant Clair d’Arve, à Plainpalais, permet de briser la glace entre deux mondes qui tendent souvent à s’ignorer.
JPDS

VIVRE ENSEMBLE (I) • Ouvert en 2009, le restaurant du foyer pour handicapés de
Clair Bois-Minoteries mise sur la rencontre entre ses résidents et les habitants du quartier.
 

Le plat du jour est alléchant: steak de veau à la sauge, polenta aux tomates séchées, côtes de bette avec julienne de légumes... le tout au prix modique de 14 fr. 50. «Quasi imbattable à Genève, surtout que l’on utilise uniquement des produits frais!» précise Jérémy, 27 ans, responsable de l’équipe du tea-room restaurant Clair d’Arve, à la rue des Minoteries (Plainpalais). La particularité de cet établissement sis en plein centre de Genève? Créé par la fondation Clair Bois, spécialisée dans l’accompagnement de personnes polyhandicapées, il mise sur la rencontre entre ses résidents, les habitants et les travailleurs du quartier. Une cafétéria haut de gamme ouverte au public, en somme, qui permet de
briser la glace entre deux mondes qui tendent souvent à s’ignorer.
Depuis mars 2009, date de son ouverture, le bistrot et sa belle terrasse ombragée rencontrent un succès grandissant. «On fait parfois plus de 80 couverts à midi, sans compter le restaurant scolaire et le service traiteur», se réjouit Jacques Rougé, directeur de Clair Bois-Minoteries. Clair d’Arve est même devenu bénéficiaire, ce qui permet de financer d’autres projets, ajoute-t-il.

Vaincre l’isolement
Ce pari basé sur l’intégration est né lorsque la fondation s’apprêtait à ouvrir la résidence qui accueille aujourd’hui 24 personnes en situation de handicap lourd, un centre de jour et diverses activités, dont un atelier de production vidéo (EX&CO). «Pour ces personnes isolées de par leur handicap, le fait de côtoyer des gens du quartier, qui les reconnaissent ensuite parfois dans la rue, est fondamental et participe à leur bien-être.»
Le croisement permanent ne se limite pas à l’espace du tea-room. A Clair Bois, la rencontre, la réinsertion et la formation se concrétisent à tous les étages. De la réception à la blanchisserie (ouverte au public), en passant par la conciergerie et les cuisines, une partie des employés sont handicapés ou au bénéfice d’une rente invalidité avec des capacités résiduelles de travail. «Ce mélange est une source de motivation pour tous», assure Jérémy, qui accompagne ce jour une équipe réduite de deux personnes. Derrière un étalage self-service bien garni, Rowell, jeune apprenti cuisinier suivant la filière CFC ordinaire, travaille aux côtés de Naïma, qui assure le service en salle dans le cadre d’une formation adaptée à ses difficultés.

Des habitués conquis
Ce mardi d’été, vacances et météo maussade oblige, l’affluence et plutôt clairsemée. Une bonne dizaine de clients, dont quelques résidents, des membres du personnel et une poignée d’habitués du coin, sont toutefois au rendez-vous. Les clients de passage, des aînés pour la plupart, ne tarissent pas d’éloge sur l’établissement, dont ils ont fait un rendez-vous incontournable. «On vient une fois par semaine, confient deux dames du quartier. C’est convivial, on mange très bien et le personnel est aux petits soins!»
Le verdict est identique quelques tables plus loin, à l’heure du dessert, pour cette autre fidèle. Comment perçoit-on la rencontre inhabituelle avec le handicap? «Ce n’est pas du tout dérangeant, au contraire. C’est bien pour eux et pour nous. Je viens ici comme dans n’importe quel restaurant.»
Le responsable Jérémy admet que les habitants du quartier nourrissaient au départ quelques craintes avant de franchir la porte du restaurant. «Mais petit à petit, ils se rendent compte que les personnes handicapées sont comme vous est moi. Ce lieu permet de faire réfléchir à la question, je suis très fier que cela fonctionne aussi bien.» Jacques Rougé, lui, met la réussite de Clair d’Arve sur le compte d’une «approche en douceur, par petites touches». «C’est comme entre voisins, illustre le directeur. D’abord on s’observe avec un peu de méfiance, puis on se rend compte que l’autre est aimable et le lien s’opère.»

L’art s’invite à la fête
A l’autre extrémité du bâtiment, la galerie Regards Croisés, ouverte il y a un an, fait aussi office d’«interface» entre la rue et le monde du handicap. L’exposition «L’Amour est dans l’air», de l’artiste Alexandre Baumgartner, qui vit au foyer de Clair Bois à Pinchat, vient d’être décrochée. «Un immense succès», se félicite Jean-Christophe Pastor, responsable des prestations socio-professionnelles. «On a vendu plus de la moitié des toiles!»
Ici, les œuvres exposées sont souvent celles de personnes handicapées, mais pas toujours. Mixité et partage, encore. Quant aux savoureux macarons servis du côté bar à café – «faits maison», insiste Maritay qui gère le service –, ils ont de quoi fidéliser les plus gourmands. A l’instar du tea-room restaurant, le nouvel espace galerie un peu particulier tient ses promesses. Tous les regards peuvent s’y croiser, au-delà du handicap. I

 
Le Courrier
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