Jeudi, 20 juin 2013

Benoît Couchepin, provocateur entre ombres et lumière

MERCREDI 11 JUILLET 2012
La valse des casquettes chez Benoît Couchepin est une constante, même s’il assure choisir ses clients par affinité.
(c)David Marchon

HOMMES ET FEMMES D’INFLUENCE (II) • Journaliste ou spin doctor, chargé de com ou activiste, Benoît Couchepin, incontournable à Neuchâtel, ne craint pas le mélange des genres.

Il est des personnalités qui, sans être élues ni même membres d’un parti politique, finissent, à force d’être présentes sur des nombreux fronts, par peser sur le débat politique. C’est le cas du conseiller en communication politique d’origine valaisanne Benoît Couchepin, installé depuis plus de vingt ans dans le canton de Neuchâtel. Fils de l’ancien chancelier de la Confédération François Couchepin (Parti radical-démocratique), lui-même fils du juge fédéral Louis Couchepin et cousin de l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin, cet historien devenu journaliste a la politique dans le sang. Quand bien même il affirme ne se reconnaître dans aucun parti1.
En tant que consultant en communication pour des institutions, des communes, des associations ou des politiciens, Benoît Couchepin s’est souvent trouvé au cœur des «dossiers chauds» neuchâtelois. En 2009, il décroche un sacré client, dirigeant la campagne électorale pour le Conseil d’Etat du controversé libéral-radical Frédéric Hainard. Un engagement qu’il ne reniera pas, même après la démission contrainte du ministre. Aujourd’hui, Benoît Couchepin veut bien admettre que son ex-client a fait des «sottises gigantesques», mais pour lui, «elles sont révélatrices d’un fonctionnement institutionnel complètement vicié1».
Le communiquant est apprécié. Il multiplie les missions: pour les fusions de communes, notamment Val-de-Travers et Milvignes, au sein de l’hôpital privé de la Providence à Neuchâtel, en faveur de Pro Crêtes. La fédération qui se bat contre l’implantation de parcs éoliens dans l’Arc jurassien a fait aboutir l’initiative «Avenir des crêtes: au peuple de décider!», qui malgré le contre-projet indirect du Conseil d’Etat, sera soumis au peuple le 25 novembre.

Secouer le landernau
Mais c’est en 2010 que le «communiquant de l’ombre» prend le virage qui l’amène à s’engager en pleine lumière dans le débat politique. Lors de l’affaire Hainard, il tente de secouer le landernau local en rédigeant un Petit traité de foutriquets. Il y dénonce les copinages et la «corruption» du gouvernement et des institutions par «un groupe de mandarins qui mobilise les ressources de l’Etat au profit de ses idées, de ses ambitions, parfois de ses intérêts».
Personne n’échappe à ses griffes. Mais il s’en prend tout particulièrement à Jean Studer, estimant que le socialiste a «accumulé les échecs depuis son élection en 2005» et ne fonctionne que dans «le rapport de force et la violence».
Puis il s’engage concrètement dans plusieurs batailles menées par la gauche de la gauche. Il participe au lancement du référendum contre la réforme de l’imposition des personnes morales. Il s’engage aussi en faveur de l’initiative «Un enfant, une place». Le fait marquant de cette double campagne est sans aucun doute son recours au Tribunal fédéral contre la décision du parlement de lier en votation la réforme de la fiscalité des entreprises et la loi sur l’accueil des enfants. La cour suprême lui donne gain de cause, estimant que l’unité de matière n’était pas respectée. Le Conseil d’Etat est contraint de supprimer le fameux lien et de repousser de deux mois la votation.

Les hôpitaux, c’est chaud!
Après l’acceptation de la réforme de l’imposition des entreprises et l’échec de l’initiative «Un enfant, une place», «l’agitateur public» lève le pied. Alors que le débat sur le dossier hospitalier fait rage, il apparaît dans des conférences des opposants au projet du Conseil d’Etat mais ne prend pas position publiquement. Son aversion au plan hospitalier du gouvernement ne fait cependant mystère pour personne.
Il se lâche, en revanche, sous la casquette du chargé de communication de La Providence. Il critique haut et fort Gisèle Ory qui refuse de rembourser le coût de ce qu'il considère comme des prestations d’intérêt général, alors que l’Etat lui octroie des mandats de prestations à charge de l’assurance obligatoire des soins. La ministre rétorque que La Providence ayant refusé d’intégrer Hôpital neuchâtelois en 2005, elle ne peut réclamer parallèlement un statut d’hôpital public.

Mélange des genres?
La valse des casquettes, chez Benoît Couchepin, est une constante. Mais s’il assure choisir ses clients par affinité2, on peine à suivre un fil rouge et à comprendre la cohérence du personnage.
D’autant qu’un nouveau virage semble amorcé. Aujourd’hui, Benoît Couchepin affirme avoir tiré un trait sur ses «engagements publics» pour revenir à ses premières amours, le journalisme... profession qu’il avait pourtant quittée à cause d’un «léger défaut de liberté2». «Je n’interviens plus dans le débat public depuis la votation du 19 juin 2011. Je ne compte plus pour le canton», nous a-t-il répondu pour décliner notre proposition d’entretien.
Parallèlement à son activité de journaliste parlementaire pour un journal dominical, il gardera quand même quelques casquettes. Dont son activité auprès de l’hôpital privé La Providence, en voie d’absorption par le poids lourd Genolier. Un cocktail que son nouvel employeur n’a pas jugé rédhibitoire.
Quoi qu’il en soit, après avoir critiqué la presse régionale pour son rôle, notamment dans l’affaire Hainard, «d’acteur plutôt que d’observateur» et sa «proximité avec le terrain l’amputant de son impertinence», Benoît Couchepin est condamné à l’irrévérence et à l’insolence. I

  • 1. a. b. «Benoît Couchepin, un boutefeu contre les foutriquets», Le Temps, samedi 18 septembre 2010
  • 2. 2 RTS, Médialogues du 2 juin 2011.
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