Refermer la boîte de Pandore
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Nicolas Sarkozy n’est plus là pour fêter le succès de son poulain, Mahmoud Jibril. Selon des résultats officieux, l’ancien premier ministre du Conseil national de transition (CNT) serait le grand vainqueur du scrutin législatif tenu ce week-end en Libye. Ce libéral partisan d’un «islam modéré» devrait former le prochain gouvernement libyen. S’il parvient à contrôler les démons séparatistes à l’œuvre dans sa Cyrénaïque natale, il deviendra l’homme fort de la transition post-Kadhafi.
Mahmoud Jibril a bâti son succès sur la notoriété acquise durant la guerre civile de 2011. On se souvient que l’ancien président français l’avait reçu à l’Elysée moins de quatre semaines après le début de l’insurrection à Benghazi – tout juste avant qu’il ne soit intronisé numéro deux du CNT. La rencontre avait marqué la consécration internationale des insurgés et la rupture officielle de l’ancienne alliance Paris-Tripoli. Prélude à l’opération L’Harmattan qui allait emporter le régime de Mouammar Kadhafi.
Rallié ou initiateur, homme lige ou véritable leader, le rôle de Mahmoud Jibril dans le soulèvement libyen devra être établi par les historiens. De même que celui des puissances étrangères. Il n’en reste pas moins que sa fonction, entre 2007 et 2011, de grand ordonnateur du rapprochement entre le régime et les Occidentaux a fait de M. Jibril le personnage clé de la coalition OTAN-CNT. Chargé des privatisations par Saif al-Islam, cet ancien professeur de stratégie politique à l’université de Pittsburgh avait tout pour plaire à la «communauté internationale».
Largement saluée avant même la fin du décompte, sa victoire offre aujourd’hui un bol d’air aux Occidentaux. Depuis des mois, ceux-ci vivent dans la crainte de perdre le contrôle sur la myriade de groupes et d’intérêts particuliers échappés de la boîte de Pandore kadhafienne.
Minimisée durant la guerre, la tentation indépendantiste d’une frange de la Cyrénaïque devient de plus en plus évidente. Avec leurs nouveaux puits de pétrole sis entre Tripoli et Benghazi, les transnationales occidentales auraient tout à perdre d’une guerre civile Est-Ouest. Autre facteur d’instabilité: les milices issues de la guerre civile imposent toujours leur loi, faisant régner une insécurité permanente.
A ces périls internes s’ajoute le risque d’une contagion régionale. Les plus missionnaires des islamistes libyens ne se sont pas arrêtés à la chute de Kadhafi. Avec l’aide de groupes armés algériens, maliens et mauritaniens, ils ont fait du Sahel un bastion djihadiste.
Pour les Occidentaux, un gouvernement dominé par l’Alliance des forces nationales de Mahmoud Jibril offre un point d’ancrage solide et l’espoir d’éviter le chaos dans leur néocolonie. Au vu du contexte politique légué par Kadhafi et
l’OTAN, de nombreux Libyens ne pouvaient espérer mieux. D’autres ont préféré s’abstenir. A Syrte et dans d’autres bastions de l’ancien pouvoir, les élections sont passées presque inaperçues.
Dans le meilleur de cas, Mahmoud Jibril incarnera le dirigeant de la transition démocratique libyenne. Ce ne serait déjà pas si mal.





