Des requérants hébergés sur un bateau? L’idée fait des vagues à Bâle
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

ASILE • Le Conseil d’Etat de Bâle-Ville veut créer nonante places d’hébergement pour requérants d’asile sur un… bateau stationné sur le Rhin. Un recours a déjà été déposé.
Un centre pour requérants d’asile sur un bateau? C’est le projet du Conseil d’Etat de Bâle-Ville, confronté, comme d’autres, à une augmentation du nombre de personnes à héberger et à la quasi-impossibilité de trouver de nouveaux immeubles sur son territoire. Reprenant une idée UDC qui avait échoué, à une voix près, au Grand Conseil en début d’année, le gouvernement a décidé de louer le navire Hispania, prêt à accueillir jusqu’à 90 personnes, qui attend à Rotterdam, son port d’attache, que les autorisations soient accordées. La gauche, qui avait refusé la proposition UDC, a aujourd’hui tendance à soutenir le projet, tandis que l’UDC n’en est plus aussi sûre.
Destination St. Johann
Le débat enflamme la cité rhénane, comme le montre la discussion en ligne du journal «TagesWoche». Certains habitants sont contre l’emplacement prévu pour l’Hispania – le quartier St. Johann – d’autres contre le fait même que l’on héberge des requérants sur un bateau, d’autres encore rejettent le projet en bloc. «Deux recours ont déjà été déposés et le délai, pour les oppositions, échoit le 20 juillet», indique Renata Gäumann, responsable de la coordination asile du Département pour l’économie, les affaires sociales et l’environnement de Bâle-Ville.
«Nous ne voyons pas d’autre point d’amarrage possible que le quartier St. Johann», ajoute Renata Gäumann: le quartier de Kleinhüningen, situé sur l’autre rive, compte déjà plusieurs infrastructures pour réfugiés et «l’Hispania ne passerait tout simplement pas sous les ponts pour remonter le Rhin vers un autre quartier». Surtout, «nous ne voulons pas envoyer encore plus de gens sous terre, car nous avons déjà un centre d’accueil dans un abri de protection civile.»
Avantages de la solution fluviale: après une semaine de voyage entre Rotterdam et Bâle, l’Hispania pourrait être aménagé en peu de temps – et aussi être renvoyé très facilement vers son port après usage. Le canton pense le louer pour une période provisoire d’une année pour faire face au besoin de quelque 100 places supplémentaires, destinées à des adultes et non à des familles, pour d’évidentes raisons de sécurité. Des analyses techniques (respect de la législation sur l’air et sur les eaux) sont en cours dans le cadre de la procédure d’autorisation. «Quand toutes les données seront connues, nous informerons la population en détail», ajoute Renata Gäumann.
Cette dernière n’a toutefois pas attendu. L’association de quartier de St. Johann a organisé un vote consultatif le 22 juin. Résultat: 79% des 370 personnes présentes se sont prononcées contre le «bateau-asile». «La présence de nouveaux requérants n’est pas compatible avec l’école et le home pour personnes âgées situés à proximité, affirme Mario Ress, président de l’association. Elle n’est pas non plus bonne pour le tourisme. Nous ferons recours.» Un recours qui serait le troisième à être déposé.
De nombreux Bâlois remettent en cause la représentativité de l’association de quartier. Sur le site de la «TagesWoche», 76% des internautes sont favorables au projet. Du côté du Parti socialiste, on veut «prendre les craintes de la population au sérieux, mais aussi l’esprit de solidarité du quartier», explique le vice-président Pascal Pfister. Son parti demande l’instauration d’une table ronde pour «ramener le débat sur un plan objectif» et «éliminer les peurs», selon le vice-président. Un discours très identique à celui du président de l’UDC locale et conseiller national Sebastian Frehner, qui «soutient toujours l’idée du bateau» mais entend «prendre les peurs de la population au sérieux». Il faudra vraisemblablement encore plusieurs mois avant que l’Hispania ne largue les amarres pour remonter le Rhin jusqu’à Bâle. I







