Première défection au sommet de l’Etat
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SYRIE • Le général Manaf Tlass a abandonné le régime de Damas. Ami d’enfance de Bachar al-Assad et fils d’un ancien ministre de la Défense, le très haut gradé s’est enfui en Turquie mercredi, avant de gagner Paris.
Rencontrée discrètement à Damas en janvier dernier, Tala Tlass, la femme du général Manaf Tlass, ne mâchait pas ses mots pour dénoncer la folie des Assad. «Trop de sang, trop de morts.» Dans un français châtié, cette belle femme de la bourgeoisie damascène affirmait qu’elle et son militaire de mari, ami intime du président Bachar al-Assad, étaient devenus des pestiférés. Ils vivaient reclus dans leur palais à deux pas du souk de Damas. Aujourd’hui, le couple a fui la Syrie pour la Turquie avant de regagner la France.
Dès le début de la révolution en 2011, les relations du général Manaf Tlass se sont détériorées avec le clan Assad et les généraux alaouites qui tiennent l’appareil répressif de l’État. Commandant d’une brigade de la garde républicaine, unité d’élite de l’armée syrienne, Manaf Tlass a refusé les ordres de réprimer dans le sang la révolution dans la région de Rastan, proche de Homs, d’où sont issus les Tlass.
Membre depuis 2000 du comité central du parti Baas, Manaf Tlass s’est opposé à la répression orchestrée par les forces de sécurité, les services de renseignement et surtout la redoutable 4e division de l’armée de Maher al-Assad. «Alors que le pays plonge dans la spirale de la violence, mon mari Manaf a demandé au président Bachar d’engager des réformes. Il fallait éviter la force et opter pour un dialogue politique pour sortir le pays de la crise», expliquait Tala Tlass.
La guerre des clans
Le couple a fui mercredi la Syrie pour la Turquie avant de gagner la France. A Paris, Tala et son mari Manaf retrouveront le clan sunnite des Tlass qui s’est exilé au complet et a lâché le clan alaouite des Assad. Symboliquement, c’est un coup rude pour le régime de Damas. Les Tlass sont une grande famille sunnite du Rastan dans la localité de Homs. Une famille alliée aux Assad depuis toujours. Leur père, Mustapha Tlass, a été le confident et compagnon de la première heure de Hafez al-Assad. Il occupa pendant vingt ans le poste de ministre de la Défense. Une fonction qu’il garda jusqu’en 2004, accompagnant les premiers pas du fils al-Assad, Bachar. Précédant son fils de quelques mois sur le chemin de l’exil, le général à la retraite, Mustapha Tlass, a trouvé refuge à Paris chez sa fille Nahed Ojjeh, ex-compagne de Roland Dumas, l’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères. Officiellement pour des raisons de santé, officieusement, il s’agit d’une fuite précipitée après les menaces d’Assef Chaoukat, le beau-frère de Bachar al-Assad.
Assef Chaoukat, qui a épousé la sœur du président syrien, Bouchra, occupe actuellement le puissant poste de vice-ministre de la Défense. Il est également un des chefs de la répression sanglante de la révolution qui a fait jusqu’à aujourd’hui plus de 16 000 morts. Lors d’une rencontre privée, Assef Chaoukat a accusé les Tlass, père et fils, de collaboration avec l’Occident et la rébellion sunnite afin de renverser le régime. Désormais, la guerre fait rage à l’intérieur des clans comme sur le terrain.
Lâchage des Assad
Mustapha Tlass est arrivé à Paris avec son fils Firas, un homme d’affaires qui s’est enrichi ces dernières années grâce à ses relations avec le frère du président, Maher al-Assad, et du businessman à l’appétit insatiable, Rami Makhlouf, un cousin des Assad qui contrôle 60% de l’économie du pays. Mais aujourd’hui, l’ancien golden boy Firas n’hésite pas à descendre en flèche le régime de Damas sur sa page facebook: «Il faut tourner la page Assad».
Le lâchage par le clan Tlass de Bachar est-il annonciateur d’un début de défection de la bourgeoisie sunnite de Damas et d’Alep du régime allouite? La question échauffe les esprits paniqués qui fréquentent les salons feutrés du pouvoir à Damas. «La fuite du général et de son père représente une bombe dans les cercles du régime. A Damas, Mustapha Tlass était un «vieux sage» très respecté», affirme un grand nom de la bourgeoisie syrienne. «Les deux frères Tlass ont grandi et joué avec les enfants Assad. Firas, l’homme d’affaires était l’ami intime de Maher al-Assad, alors que Manaf était le confident de Bachar. Ils ont fait leur classe militaire ensemble. Manaf et Bachar étaient inséparables», affirme un autre proche du régime. «Comme les Tlass, nous sommes nombreux à multiplier les contacts avec les capitales occidentales pour fuir le pays, qui a sombré dans la barbarie et l’horreur.»
Reste que la rébellion, qui gagne chaque jour un peu plus de terrain, minimise le rôle des Tlass dans l’avenir de la révolution. Des représentants de l’Armée syrienne libre (ASL) disent avoir été informés de la fuite du général Manaf Tlass mais ne le considèrent pas comme un transfuge tant qu’il n’a pas lui-même annoncé sa défection. Pour l’Armée syrienne libre, la lutte armée continue avec l’arrivage en masse d’armes et de munitions. Une guerre civile et des combats loin des regards qui font chaque jour des centaines de morts. I






