«Non à une dérive hygiéniste»
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FUMÉE PASSIVE • Un comité interpartis de droite combat l’initiative de la ligue pulmonaire soumise au peuple le 23 septembre. GastroSuisse payera la campagne.
La politique est un éternel recommencement. Cela fait à peine plus de deux ans que la Suisse s’est mise au régime sans tabac et voici que le peuple est déjà appelé à s’exprimer sur une initiative populaire de la Ligue pulmonaire suisse qui veut supprimer les exceptions actuelles. La votation aura lieu le 23 septembre. Un large comité interpartis, composé pour l’essentiel de politiciens bourgeois, s’est dressé hier contre ce projet. «C’est un pas décisif vers une interdiction générale de fumer», affirme l’UDC zougois Thomas Aeschi. Le vert’libéral Thomas Maier (ZH) en veut pour preuve qu’une nouvelle initiative a été lancée il y a deux semaines par un comité genevois. «Elle va encore plus loin en interdisant de fumer à l’air libre. Ce ne serait sans doute qu’une question de temps avant qu’on ne promulgue une interdiction de fumer à domicile.»
Depuis le 1er mai 2010, il est interdit de fumer dans les espaces fermés accessibles au public ou qui servent de lieu de travail à plusieurs personnes. On ne peut donc plus fumer dans les cafés et les restaurants, exception faite des établissements de moins de 80 m2 et des fumoirs.
Personne ne propose de revenir en arrière. Par contre, certains cantons sont allés plus loin. C’est le cas de tous les romands, sauf le Jura, qui interdisent tout établissement fumeur ainsi que le service dans les fumoirs. L’initiative de la ligue pulmonaire contraindrait l’ensemble des cantons à opérer un tour de vis. Elle est soutenue par les milieux de la santé ainsi que par la gauche rose-verte. La Fribourgeoise Valérie Piller Carrard fait figure d’oiseau rare. Elle est la seule socialiste romande à avoir combattu l’initiative pendant les débats parlementaires. «Les dispositions sur les fumoirs sont suffisamment restrictives, explique-t-elle. La liberté individuelle ne doit pas être excessivement entravée.»
Pour le président du PDC Christophe Darbellay, qui dénonce une dérive hygiéniste, l’initiative est inutile, exagérée et anti-fédéraliste. «Aucun canton, même pas Genève qui dispose de la législation la plus restrictive du pays, n’est allé aussi loin que le propose l’initiative.» Dissident parmi les siens, le vert argovien Geri Müller tient le même discours. «Ce n’est pas parce que je suis fumeur, mais par respect de la démocratie», tient-il à préciser. Il explique ses motivations en contant l’histoire suivante : «Cent animaux de la forêt devaient décider s’ils allaient assécher un lac. Le résultat du vote fut clair: 99 oui et un non. Le problème est que le seul animal qui avait voté contre le projet était un poisson. Aujourd’hui, je me sens un peu
comme ce poisson».
Restauration touchée
Au-delà de ces considérations philosophiques, la branche de la restauration serait lourdement pénalisée, note la libérale-radicale saint-galloise Karin Keller-Sutter. C’est d’ailleurs pourquoi le comité politique, qui n’a pas l’intention d’investir un kopeck dans la campagne, s’attend à ce que celle-ci soit financée par GastroSuisse. Interrogé, le directeur de la Fédération de l’hôtellerie et de la restauration Bernhard Kuster ne dément pas mais il relativise. «Nous n’avons pas les moyens d’economiesuisse et nous ne pourrons pas investir plusieurs millions de francs dans la campagne. Mais nous allons nous mobiliser car plus d’un tiers de nos membres ont souffert d’une baisse de leur chiffre d’affaires en raison des nouvelles normes légales. Avec des dispositions encore plus restrictives, on pénalisera les établissements qui ont consenti des investissements substantiels pour s’adapter. A elle seule, une installation de ventilation adéquate coûte 100 000 francs en moyenne». I






