Le cartel, stade suprême du libéralisme
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Le Libor – London Interbank Offered Rate – a quitté pour de bon les pages saumon des quotidiens économiques pour celles des tabloïds. La manipulation de ce taux de référence, auquel les banques se prêtent de l’argent, avait fait peu de bruit en mars, lors de sa révélation1. Mais l’enquête pénale ouverte en Grande- Bretagne contre Barclays a changé la donne. Sous la pression, le patron de la grande banque anglaise a même dû tirer sa révérence.
D’autres fusibles, plus ou moins élevés dans la hiérarchie, sauteront. Car Barclays n’est qu’un des dix-huit géants bancaires suspectés d’avoir menti pour influencer ce taux fixé sur la base d’informations transmises par ceux-ci à l’Association britannique des banquiers (BBA). Une manipulation par petites touches, presque insensibles, mais qui prend une ampleur presque inimaginable si l’on sait que sont indexées sur le Libor des transactions chiffrées en centaines de milliers de milliards de francs! Davantage que le PIB planétaire…
Les experts divergent sur les raisons qui ont conduit les banques à fausser le marché. Certains mettent la faute sur des traders ou des directions qui auraient voulu favoriser leurs opérations. C’est l’explication avancée par Barclays. Pas infondée, elle laisse quand même sur sa faim, au vu de l’ampleur des enquêtes ouvertes sur dix places financières.
Pour d’autres, le scandale du Libor révèle un véritable cartel des principaux établissements financiers, mis sur pied dès 2005 pour retarder le plus longtemps possible la crise financière, finalement éclatée aux USA en 2007. Concrètement, en tirant le Libor vers le bas, ces banques masquaient leurs difficultés croissantes à se refinancer. Avec pour conséquence de tromper le reste des opérateurs ainsi que les politiques qui ont ensuite dû pallier dans l’urgence l’assèchement du crédit bancaire.
Le mutisme des polices des marchés ne permet pas encore de dépasser le stade des hypothèses. Mais le choc a délié des langues2. «Off», certains assurent que la manipulation dure depuis vingt ans. D’autres accusent les banques centrales d’avoir fermé volontairement les yeux.
Si les motifs demeurent flous, la cause de ce trafic d’influence à l’échelle planétaire est, elle, bien identifiée. Elle se nomme «autorégulation». Qu’un taux aussi crucial que le Libor puisse être administré librement par un cartel bancaire, sans intervention publique, en dit long sur la naïveté – la complicité? – des politiques.
Comme lors des précédents scandales financiers, des boucs émissaires sont et seront jetés en pâture aux médias. Mais tout est fait pour éviter qu’une régulation interétatique ne soit avancée. Déjà la BBA promet de «renforcer la gouvernance du Libor». Circulez, tout est sous contrôle! Jusqu’à la prochaine crise.
- 1. Le Courrier du 29 mars 2012
- 2. http://trends.levif.be/economie





