Loten Namling traîne son blues tibétain sur les routes romandes
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MARCHE • Dimanche, des artistes suisses accueillent sur la place des Nations ce marcheur qui charrie depuis trois semaines le symbole de sa culture en péril.
Il a quitté la place Fédérale de Berne le 16 mai dernier pour rejoindre la place des Nations à Genève. Loten Namling voyage à pied, mais pas léger: il charrie derrière lui un cercueil, symbole de l’extinction de la nation tibétaine. Etabli en Suisse depuis vingt-deux ans, Loten Namling est un musicien traditionnel qui joue du oud et chante son «Tibet-blues» dans les festivals du monde entier. Ce dimanche à 14h, une quinzaine de musiciens suisses se mobilisent pour l’accueillir en chanson, notamment Franz Treichler des Young Gods, qui s’est transformé en attaché de presse pour l’occasion, touché par la démarche.
Loten Namling est né il y a bientôt cinquante ans à la frontière entre l’Inde et le Tibet. Mais il n’a jamais mis les pieds dans son pays, occupé depuis 1950 par la Chine. Ses parents lui en ont parlé, il a grandi avec la figure du Dalaï Lama exilé comme référence. Jusqu’au moment où il n’a plus supporté l’impuissance. Contacté par téléphone mobile entre Rolle et Nyon, sur fond de vrombissement des véhicules qui le dépassent, il s’explique en anglais: «En deux ans, quarante-deux Tibétains se sont immolés par le feu. Récemment, une jeune fille a été battue par la police chinoise pour avoir lancé un slogan en faveur du Tibet libre. Mon peuple souffre énormément, mais le sujet ne fait plus l’actualité. Le Tibet n’a pas de pétrole...»
Lutter pacifiquement
Loten Namling aurait de quoi désespérer, mais plutôt que l’inaction, ou pire, l’immolation – il avoue y avoir songé –, il a choisi cette action symbolique. En marchant, vingt kilomètres par jour en moyenne, il récite des mantras (prières répétitives) et se prosterne chaque demi-heure en hommage aux victimes de l’oppression chinoise. «Il faut lutter pacifiquement, montrer qu’on existe et qu’on ne baisse pas les bras, sinon c’est la fin. Les Tibétains veulent deux choses: la liberté pour eux et pour leur culture, et le retour du Dalaï Lama.»
Le cercueil de Loten Namling pèse soixante kilos. Il contient son oud, son tambour traditionnel et le nécessaire pour camper – même si cet artiste militant aux airs d’ermite, volubile et charismatique, dort parfois chez l’habitant. «L’accueil des gens est incroyable, il semble exister en Suisse romande une culture de résistance. On m’encourage, on m’écoute, je touche beaucoup de gens qui ignorent tout de la situation au Tibet.»
La communauté tibétaine le soutient, affirme Loten Namling: certains seront présents dimanche sur la place des Nations; d’autres, à travers le monde, le suivent via les réseaux sociaux et le blog qu’il tient grâce à sa tablette numérique. Du côté des officiels chinois en revanche, silence radio: «C’est classique; ils n’ont aucun intérêt à faire de la publicité à ce sujet.»
De concert avec les Young Gods
Franz Treichler, pour sa part, entend bien faire du battage. Il est passé à la télévision, a donné des interviews à la presse avec son ami tibétain. Malcolm Braff, Erika Stucky, Kate Wax, Jamyang Choechden, Pops ou encore The Magic Five ont répondu à son appel. Dimanche, sous une tente plantée en face des Nations Unies, ils se produiront en acoustique, avec les Young Gods en groupe ou séparément (Al Comet jouera du sitar en solo).
«J’ai croisé Loten Namling dans les rues de Berne, explique Franz Treichler. Les Young Gods avaient participé en 2007 à un concert pour le Tibet; je l’ai reconnu et quand il m’a parlé de son projet de marche, j’ai été impressionné, inspiré même.» Dimanche, les deux artistes devraient chanter ensemble «Freedom», le fameux hymne hippie scandé par Richie Havens à Woodstock en 1969.
Ensuite, le repos sera mérité pour Loten Namling, qui s’avoue épuisé mais empli d’espoir par cette expérience. Il n’en restera pas là, «car tout le monde mérite d’être libre. C’est une aspiration universelle.»
«Freedom concert», di 8 juillet dès 14h, Place des Nations, Genève. Sur le web: www.facebook.com/loten.namling





