Fanny Pelichet. Feu et poudre
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

Hyperactive et lumineuse, la comédienne nyonnaise enchante le théâtre indépendant et se fixe le but d’explorer tous les genres.
«Nous, les comédiens, nous sommes des boules à facettes disco. Chaque projecteur illumine d’autres miroirs, mais nous restons la même boule à facettes.» Fanny Pelichet explique ainsi comment, au-delà de son aptitude à tout jouer, transparaît sur scène presque malgré elle le personnage de tous les jours. Celui qui arrive chaque matin en clamant: «J’ai eu une idée cette nuit!», et dont l’enthousiasme légendaire amuse ses collègues et captive le public. Rencontre avec une comédienne unique à la personnalité débordante, dont l’agenda trahit une nature aussi dynamique que son jeu.
On l’a vue fin 2011 dans la comédie Un Escargot dans le coccyx, de Daniel Vouillamoz, qui sera reprise cet automne au Théâtre Alchimic à Genève. Plus récemment, elle s’est fait remarquer dans La Cantatrice chauve de Ionesco – un spectacle de Jean-Gabriel Chobaz, où elle incarnait l’aguichante bonne prénommée Mary. Elle était la femme de la poésie de Michaux dans La Nuit remue, qui sera également reprise la saison prochaine, donnant la réplique au comédien et metteur en scène Patrick Mohr. Des rôles bien différents qu’elle endosse tour à tour avec une aisance redoutable, toujours la même énergie, la même présence, et son timbre de voix grave et pénétrant.
«IL N’Y A PAS DE PETIT RÔLE»
Fanny Pelichet ne rechigne jamais à accepter des rôles a priori secondaires. «Bien sûr, ce n’est pas toujours facile de jouer les hallebardiers dans Shakespeare, mais dans un spectacle, on raconte tous ensemble une histoire.» Elle cherche d’ailleurs à construire une expérience hétéroclite, avec le plus grand nombre de contacts possibles. «Mais il est évidemment plus facile d’être dirigé par des personnes qu’on connaît déjà. On est familiarisé avec leur vocabulaire et leur façon de travailler. Au fil du temps se construit aussi une relation de confiance. On n’arrivera pas à se foutre à poil devant quelqu’un avec qui on n’a jamais travaillé. Au sens propre comme au figuré.»
Après quelques petites expériences dans la publicité et au cinéma, dont une figuration dans Insoupçonnable avec Laura Smet et Olivier Gourmet, Fanny Pelichet tourne actuellement dans une série qui sortira en septembre sur internet. Férue de cinéma, admiratrice de Cassavetes, elle espère pouvoir un jour s’y consacrer davantage. «C’est le même métier tout en étant très différent.» Il y a les scènes qui ne sont pas tournées dans l’ordre, et aussi la longue attente sur les plateaux de tournage dont elle a fait l’expérience sous la direction d’Ursula Meier. Embauchée pour dire une réplique dans son film L’Enfant d’en haut, elle apprend quelques semaines plus tard que la séquence pour laquelle elle a dû patienter pendant douze heures a finalement été coupée au montage. «Ce sont des choses qui arrivent...», admet-elle avec fair-play.
CURIOSITÉ INTARISSABLE
La sensibilité artistique de Fanny Pelichet et son goût pour la scène se manifestent dès l’enfance. Agée de cinq ans, lors d’un concert, elle échappe à la vigilance de ses parents pour rejoindre Henri Dès sur une île flottante depuis laquelle il enchante le parc des Eaux-Vives. Multipliant les passions, elle se destine à l’âge de quinze ans à la bande dessinée, puis au graphisme et à la communication visuelle. «Aujourd’hui encore, je me fais piéger par ma curiosité sans limite. Tout m’intéresse. En plus de mes activités de comédienne, je continue le dessin, la peinture, l’écriture, la performance. J’ai même commencé la guitare.»
Bien qu’attirée par le monde du théâtre, elle n’ose pas passer les examens de comédienne au sortir de l’école, mais choisit de concilier ses passions et de suivre les options théâtre aux Beaux-Arts. Déception. Les sections «mise en scène» ferment leurs portes à son arrivée. Elle suit alors les classes préparatoires de théâtre au Conservatoire de Genève, avant de se former à l’Ecole Serge Martin. Si Fanny Pelichet, 31 ans, a un conseil à donner aux jeunes qui rêvent de théâtre, c’est de ne pas se décourager. «Même cinq ans après le diplôme, on continue à passer des auditions, à rechercher des rôles... Il ne faut jamais abandonner. J’ai dû me présenter deux années de suite aux auditions avant de trouver un cadre de formation épanouissant pour moi.» Dans cette école, la comédienne a pu s’interroger sur l’aspect créatif de la mise en scène, et apprendre à inventer le théâtre sans aucun matériel: «Il suffit d’y croire et il est là.»
Son diplôme décroché, elle est engagée par Miguel Fernandez-V pour jouer la fille de Serge Martin – un rôle qui la touche particulièrement – dans Le Procès de Shamgorod d’Elie Wiesel. Elle rencontre alors Michel Favre et Valentine Sergo qui lui accordent à leur tour leur confiance. Familière du théâtre indépendant, elle n’a jamais vécu l’institution. «La contrainte financière est difficile, mais elle peut permettre de trouver des solutions qui poussent à la création.» Elle fonde en 2008 le Collectif Douche Froide avec Patricia Mollet-Mercier et Matthieu Béguelin, auprès desquels elle a tissé une «amitié artistique» au cours de ses études. Le groupe montera début 2013 à l’Alchimic la pièce Notes de cuisine de Rodrigo Garcia – dont Fanny Pelichet, grande dévoreuse de livres – est une admiratrice. En attendant l’automne et les nombreux projets dans lesquels elle est embarquée, l’artiste aux talents multiples et aux goûts éclectiques est bien occupée: avant le spectacle d’ouverture de La Plage des Six Pompes, manifestation consacrée aux arts de la rue, elle trouve le temps de diriger une animation théâtrale dans le cadre du Festival du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF). Présente sur plusieurs fronts au-delà des planches, c’est donc aussi en tant qu’organisatrice et metteure en scène que Fanny Pelichet apporte aux manifestations culturelles sa contribution vibrante et singulière.
Festival du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF), je 12 juillet, 23h, Temple du Bas. www.nifff.ch
Festival de la Plage des Six Pompes, On The Ronde Again, di 5 août, 17h, Pl. du Marché, La Chaux-de-Fonds.
http://fannypelichet.blogspot.ch





