Vendredi, 24 mai 2013

Le poids de l'histoire

JEUDI 05 JUILLET 2012

IMMIGRATION • Jean-François Dunoyer se demande si l’origine d’un citoyen peut infèrer sur ses actes politiques.

De Gaulle disait «...le patriotisme, c’est aimer son pays, le nationalisme c’est haïr celui des autres.»On est toujours étonné d’observer une exacerbation patriotique chez certains compatriotes d’ascendance étrangère, un certain zèle à survaloriser leur patrie d’adoption.

Pourquoi tel tribun politique suisse, dont l’ascendance est autrichienne, se fait pourfendeur de minarets? Pourquoi tel ex-président français, dont l’ascendance est hongroise, se fait plus patriote qu’un ancien combattant de 14-18 et plus défenseur des chrétiens d’Occident qu’un croisé?

Tentons deux explications. Dans les années septante, le professeur W. Doise, de l’université de Genève, mène des expériences démontrant que la personne s’intégrant à un groupe exprime souvent des caractéristiques propres au groupe allant au-delà de celles demandées (ce qu’il nomme «renforcement catégoriel»). Cette sorte de zèle peut s’expliquer par un fort besoin d’appartenance, qui fera dire parfois d’un naturalisé qu’il est «...plus suisse qu’un Suisse». Ça marche, bien sûr, pour toutes les nationalités!

Deuxièmement, il faut tenir compte du poids l’histoire. La ville italienne d’Otrante fût, au XVe siècle, le théâtre de massacres. On dit encore aujourd’hui, lorsqu’un événement grave survient: «mamma mia...i turchi». Il est des peurs ancestrales qui restent dans l’inconscient collectif. On se souvient des exactions de nationalistes serbes à l’encontre de personnes de culture musulmane. Les Serbes justifiaient leurs actes en rappelant leur rôle de héros de la résistance face à la conquête ottomane. La Hongrie et l’Autriche eurent également à souffrir de cette invasion. Il est vrai que les Ottomans n’ont pas laissé que le croissant-beurre comme souvenir du siège de Vienne!

On comprend que de tels phénomènes fassent parfois «déraper» certains concitoyens mais, lorsqu’il s’agit de «responsables politiques», il vaut mieux veiller à ce que leurs actes de ne soient pas trop «irresponsables»!

JEAN-FRANCOIS DUNOYER,
Genève

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