Socialisme homéopathique
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François Mitterrand fut le président du ni-ni. François Hollande sera celui du et-et. Et hausse des impôts et baisse des prestations. Le plan financier présenté ces jours par le gouvernement français a très bien intégré la nouvelle donne européenne qui bannit les déficits, préférant l’arithmétique comptable à la politique.
Une trahison? Pas vraiment. Le social-démocrate Hollande, dans les grandes lignes, s’en tient à son projet. La diminution de la dette publique figure en toutes lettres dans son programme. Ceux qui font mine de le découvrir aujourd’hui lui font un mauvais procès. En soi, l’objectif est même louable. Occupant le premier poste au budget de l’Etat, le service de la dette affaiblit en effet la capacité d’action de la collectivité.
Qui plus est, contrairement à ses voisins, le gouvernement français a le mérite de répartir le poids de l’austérité – mot banni mais réalité concrète – entre les diverses couches de la population, les différents secteurs économiques. Les nouveaux prélèvements fiscaux, à hauteur de 9 milliards de francs, visent les catégories supérieures et les grosses entreprises, choyées par son prédécesseur. A contrario, le renoncement à la hausse de la TVA fera du bien aux moins aisés.
Reste, malgré tout, une certitude: l’arrimage au dogme européen du déficit zéro, opéré la semaine dernière au Sommet de Bruxelles, fera mal. En plein marasme économique, l’obsession de l’équilibre budgétaire ne peut que plomber la croissance et diminuer l’emploi. Rien qu’en 2013, l’Etat français devra économiser, selon la Cour des comptes, plus de 40 milliards de francs – soit quatre fois plus que la ponction fiscale annoncée hier – pour ramener le déficit à 3,0% du PIB.
Pour l’instant, le gouvernement laisse planer le doute sur les services publics qui devront être sacrifiés. Mais la gueule de bois s’annonce d’ores et déjà carabinée pour l’électorat socialiste, Paris n’ayant donné aucun signe de vouloir affronter les coûteux lobbies militaire et nucléaire.
En fin de compte, le Sommet de Bruxelles, un peu trop rapidement décrété comme un succès français, aura été un bon indicateur du «changement» à la hollandaise. Loin de mettre tout son poids dans la bataille des eurobonds ou de la renégociation du pacte budgétaire (TSCG), François Hollande s’est appliqué à sauver les apparences avec un volet de croissance. Mais l’histoire retiendra que Bruxelles a gravé dans le marbre le seul durcissement des contraintes budgétaires. La contrepartie – un investissement public de 145 milliards de francs –, elle, n’est qu’un coup unique. Un coup dans l’eau, même, si l’on regarde en face les défis systémiques posés aux Etats européens…
L’ambiguïté du projet des socialistes français tient à ce mélange de proclamations ambitieuses et de prudence extrême. Le misérable «coup de pouce au smic» de 30 francs, incapable de favoriser la consommation, illustre cette absence d’audace. Un socialisme homéopathique qui paraît bien inopérant pour remettre sur pied la France et encore moins l’Europe.





