Mercredi, 19 juin 2013

L’Etat n’a plus les moyens de rénover ses Cycles délabrés

JEUDI 05 JUILLET 2012
Le Cycle de Bois-Caran, à Collonge-Bellerive, l’un des établissements à avoir un besoin urgent de travaux de rénovation.
Jean-Patrick Di Silvestro

TRAVAUX • Mal planifiés, les fonds de rénovation ne suffisent pas à entretenir les bâtiments scolaires, dont certains sont dangereux.

Des faux plafonds qui tombent, des stores qui ne se ferment plus, des flaques d’eau dans une salle de gym... la vétusté des bâtiments scolaires du canton est un secret de polichinelle. La situation alarmante du Cycle d’orientation du Renard, à Vernier, dont les corniches menacent de s’écrouler sur la tête des élèves, repose la question des priorités de l’Etat en la matière. Si plusieurs rénovations d’envergure ont été engagées ces dernières années, des Cycles continuent de tomber en ruine, comme tombent dans l’oreille d’un sourd les appels au secours du corps enseignant ou des parents d’élèves.
«Nous cesserons d’envoyer nos enfants à l’école si rien n’est entrepris à la rentrée», avertit Sébastien Ruffieux, président de l’Association des parents d’élèves du Renard et conseiller municipal verniolan. Face au silence des autorités cantonales, enseignants, parents et même la commune de Vernier ont tiré une énième sonnette d’alarme sur l’état délabré de leur école, ainsi que le révélait 20 minutes la semaine dernière. Ils dénoncent un abandon de l’Etat.

Budget atteint
La rénovation de l’établissement fait pourtant partie des projets visés par une enveloppe de 320 millions de francs votée en 2010 par le Grand Conseil pour la législature 2011-2014. Au nouveau DU, Département de l’urbanisme (ex-DCTI), on explique que ce crédit de programme ainsi que le budget de fonctionnement de l’Office des bâtiments (OBA) ne peuvent pas absorber l’ensemble des demandes. En découvrant il y a un an que les dépenses prévues allaient au-delà des 320 millions, l’OBA a dû «réduire la voilure», informe son directeur général Patrick Armaingaud. De combien? Silence radio. Au Département de l’instruction publique (DIP) circule le chiffre de 200 millions.
Le DU a donc été contraint de mettre l’accent sur la sécurité, laissant de côté les travaux dits de «confort» – assainissement énergétique, rafraichissement des façades, etc. – ou les projets de rénovation lourds. Ces ouvrages importants devront désormais faire l’objet de demandes de crédit spécifiques.
Pour Marta Perucchi, cheffe de la Direction logistique au DIP, l’affaire montre que les fonds disponibles à l’Etat sont phagocytés par des projets de plusieurs dizaines de millions, comme le ravalement de Budé. Résultat: l’adaptation des infrastructures des locaux scolaires stagne. «Certains ouvrages auraient peut-être mérité un projet de loi séparé», reconnaît le directeur de l’OBA. Et d’ajouter qu’«un processus de planification financière est actuellement à l’étude pour les quelque 1800 bâtiments de l’Etat».
Selon Mme Perucchi, il faut aller plus loin: «Il est nécessaire, au travers d’audits sérieux, de mettre en place une planification sur 15-20 ans de la rénovation du parc. Au vu de l’état de plusieurs bâtiments scolaires, ce point devient maintenant une nécessité absolue!» Et de citer les exemple du Cycle de la Golette (Meyrin), du Marais (Onex) ou encore les collèges Rousseau et de Saussure. Tous construits dans les années soixante, ces complexes nécessitent des rénovations importantes au même moment. Plusieurs travaux ont été déjà entrepris, «mais nous devons rattraper un retard massif. Pendant vingt ans, rien n’a été fait!»

Mark Muller pointé du doigt
«Qu’attend le Conseil d’Etat pour agir? Qu’un élève se fracasse le crâne avec une porte qui sort de ses gonds?» s’indigne la députée socialiste Salima Moyard. Aussi présidente de la Fédération des enseignants du Cycle, elle souhaite que le Conseil d’Etat ose «prendre le risque d’aller au devant de la commission des finances avec de nouvelles demandes de crédits».
Une habitude que n’avait visiblement pas l’ancien chef du DCTI Mark Muller, ainsi que le sous-entend Charles Beer et les services concernés. Le patron du DIP fait en effet savoir qu’il a rappelé à plusieurs reprises à son ex-collègue l’urgence de la situation du Renard. François Longchamp, qui succède à mark Muller au DU, n’a pas souhaité s’exprimer avant le bouclement du projet de budget 2013.
En attendant, le Cycle verniolan a été sécurisé à l’aide de barrières Vauban et le DU a promis de ravaler quelques faux-plafonds pendant l’été. Fin septembre, une nouvelle étude aura déterminé si le Cycle doit être détruit ou rénové. Le montant des opérations pourrait largement dépasser les estimations de 2010, selon l’OBA. Un projet de loi spécifique devrait être rendu avant 2015. I

 

PRÉCISION

A toutes fins utiles • A la suite de la parution jeudi 5 juillet de l’article «L’Etat n’a plus les moyens de rénover ses Cycles délabrés», le Département de l’instruction publique (DIP) réfute le sous-entendu attribué au Conseiller d’Etat Charles Beer concernant son ex-collègue Mark Muller. Quant à l’enveloppe de 320 millions destinée aux travaux de rénovation, elle sera maintenue, contrairement à ce qu’une mauvaise interprétation de l’article aurait pu faire penser. A toutes fins utiles, nous répétons que le Département de l’urbanisme a, en revanche, réduit la liste des projets initialement prévus pour ne pas dépasser l’enveloppe. D’après nos sources concordantes internes à l’administration, il y en aurait pour environ 200 millions de travaux restés en déshérence. Le DIP précise ne pas avoir articulé de chiffre et souligne que l’Etat ne négligera en aucun cas la sécurité des élèves. CO

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