Emplois de solidarité: l’opération Bienvenue! relance le débat
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GENÈVE • Financés par la Ville, les «stewards urbains» au service des TPG et des CFF suscitent la controverse. Une réinsertion vraiment efficace?
Ils sont vêtus de vert, répondent aux questions des passants et orientent les touristes dans les rues de Genève. Ces «stewards urbains» sont engagés en emploi de solidarité (EdS) par l’association Geneva Bienvenue! dans le but d’augmenter l’attractivité de la ville. L’association, inaugurée officiellement vendredi dernier, propose depuis le mois de février les services des stewards à des clients tels Palexpo, les Transports publics genevois (TPG), les CFF, la Ville de Genève et quelques commerçants. Bienvenue! emploie actuellement une dizaine d’EdS, mais souhaite doubler ses effectifs d’ici à fin 2012.
L’opération soulève toutefois des questions en termes de formation et de réinsertion. Pour les syndicats, l’isolement des stewards, envoyés seuls ou en duo dans les rues, est problématique. «L’intégration dans une équipe est primordiale dans l’optique d’un retour dans le monde du travail», affirme Anahid Pasha Khani, secrétaire syndicale à Unia. Elle ajoute que «le contact avec des gens de passage et des touristes ne permet pas à ces personnes de se créer un réseau». La position très critique des syndicats envers les EdS n’est pas une nouveauté. Selon eux, les 40 heures hebdomadaires laissent peu de marge aux recherches d’emploi et les chômeurs de longue date, au bénéfice d’un contrat à durée indéterminée, tendent à s’enliser dans une situation précaire.
Du côté de l’association Bienvenue!, son directeur général Jérôme Savary vante au contraire l’aspect formateur du projet: «Les stewards sont initiés à l’accueil par des professionnels de l’Ecole Hôtelière de Genève», explique-t-il. Eric Etienne, directeur du Service des emplois de solidarité à l’Etat de Genève, va dans le même sens: «Il est trop tôt pour se prononcer, mais les pronostics sont plutôt bons. Des EdS employés dans d’autres associations ont retrouvé un emploi, notamment dans le commerce», avance-t-il.
La gestion quelque peu étrange de l’association soulève également des interrogations. A l’instar de Partage, autre projet d’utilité publique, Bienvenue! bénéficie d’un double financement de la Ville de Genève. Celle-ci soutient l’opération par le biais du Fonds chômage, tout en étant l’un de ses principaux clients. Sachant que le comité de Bienvenue! est principalement composé de représentants des TPG, des CFF et de Palexpo, qui sont également clients, l’on peut questionner le bien-fondé d’un fonctionnement associatif en vase clos. «Ces entreprises évitent ainsi la création de postes d’agents d’information grâce au système des EdS, critique Mme Pasha Khani. Vu le dumping salarial pratiqué par la Ville avec l’emploi d’EdS dans les services de conciergeries, les musées et les bibliothèques, il est normal que les CFF et les TPG veuillent aussi en profiter.»
Pour la conseillère municipale socialiste Martine Sumi, membre de la Commission des finances, il s’agit toutefois d’un moindre mal: «Sans le recours à de telles associations, les CFF ou les TPG ne feraient rien. Ce projet permet à des personnes précarisées de retrouver un revenu et d’éviter ainsi l’Hospice Général.»
Autre curiosité de gestion, la direction de Bienvenue! est sous-traitée à Mobilidée, une entreprise privée spécialisée dans les projets de mobilité. «Ça peut en effet sembler étrange», reconnaît Mme Sumi. I





