Obscurs objets du désir
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GENÈVE • A l’Orangerie, qui ouvre sa saison, le comédien et metteur en scène Valentin Rossier lorgne du côté du désir dans «La Ronde».
Des loupiotes arrimées à un fil, suspendues dans les airs comme autant de trajectoires abandonnées au gré des nuits pâles d’une Vienne des années 1900. Soumises à leur destinée, elles éclairent la scène noire de leur lueur diaphane telle une constellation hagarde, veillant sur l’intimité de l’autel des délices où se collisionneront des corps rompus par le désir d’un soir. Tour à tour, les corsages blancs perdent de leur candeur, les militaires s’y défroquent, chevelures ébouriffées et assauts débridés.
Ces manigances du plaisir, Valentin Rossier les monte actuellement au Théâtre de l’Orangerie, au Parc La Grange, poumon vert de Genève. La Ronde, d’Arthur Schnitzler, inaugure le cycle théâtral d’été sous la houlette du comédien et metteur en scène veveysan, en poste depuis cette saison dans un espace rénové, en lieu et place de Frédéric Polier, passé aux commandes du Grütli.
Chair convoitée
Quelle que soit leur classe, femmes et hommes tournoient dans le firmament de la chair convoitée. Femme-servante, femme de petite vertu, femme-bourgeoise, femme-comédienne: toutes s’adonnent à un jeu de séduction le plus souvent – mais pas toujours – orchestré par l’homme. Et finissent par être la proie de beaux-parleurs prêts à déclamer tous les mots possibles pour étancher leur soif de sexualité. Car la femme est un objet de convoitise sans prix, qu’il faut rallier à sa cause par la prose avant de la conquérir. Mais une fois l’acte consommé, le langage masculin se gorge de tournures sèches et méprisantes à l’égard du sexe féminin incarné en l’occurrence par une Léocadie (Olivia Csiky Trnka) et une Marie (Céline Nidegger) délicieusement naïves.
Mais que l’on ne s’y méprenne pas. Dans le dénuement de la scénographie voulue par Valentin Rossier, la femme, notamment celle interprétant le personnage d’une comédienne (Caroline Cons), révèle aussi sa part d’émancipation – et de domination –, oscillant entre mensonge, trahison, adultère. Plus elle a grimpé l’échelle sociale, mieux elle est armée pour déjouer les stratèges masculins.
Pour occulter les ébats «amoureux»: le noir complet du plateau et une ritournelle symbolique qui marque aussi le roulement des personnages dans cette ronde ininterrompue où le mari de l’une devient l’amant de l’autre.
Valse du plaisir
Au fil de dix tableaux sans autre artifice que le corps et l’âme mis à nu, dix couples – portés par sept comédiennes et comédiens, dont Valentin Rossier – y jouent une valse du plaisir intense, reléguant tout sentiment d’amour en marge de la jouissance. La Ronde dépeint une gent masculine et féminine avide de volupté que Schnitzler, médecin, à l’instar de Tchekhov, déshabille sans l’empathie de son contemporain russe. On ne s’étonnera guère que ce texte lui ait valu jadis le qualificatif de «pornographe». Pièce à laquelle Valentin Rossier, malgré des costumes d’époque, injecte une bonne dose de contemporanéité.
Jusqu’au 15 juillet, 20h, di 19h (relâche lu et sa 14). «Savants sans le savoir», goûter-spectacle pour enfants dès 3 ans à partir du 12 juillet, 11h.
Rés: tél. 022 700 93 63, Parc La Grange, Eaux-Vives, Genève, www.theatreorangerie.ch





